Histoire du club alpin de Bordeaux

Petite histoire irrévérencieuse voire facétieuse du Club Alpin de Bordeaux

Grâce au confinement, Gilles Duval, encadrant montagne, dépouille les archives du club. Il nous livre ici un récit à épisodes depuis la fondation jusqu'à... épuisement...
Un feuilleton à suivre régulièrement, au fil des parutions.

Franz Schrader

Préambule

L'An 1

Je ne propose pas une histoire exhaustive du club. Je délaisserai la gestion au quotidien, sauf lorsqu’elle pose des questions de fond, au profit des grands enjeux, des conflits apparemment techniques au lourd non-dit, et des incidents ou accidents au long cours qui obligent à des choix et révèlent des allégeances (un accident en montagne, par exempte). Pour être feutrés, les désaccords n’en sont pas moins réels, par exemple sur la question cruciale de la cooptation, dont l’on ne voit guère que les effets dans les flottements de la doctrine et de la pratique.

Quel est le véritable objectif des caravanes scolaires ; et quelle continuité avec les Œuvres Laïques du communiste Henri Barrio à l’Abérouat (« le bois de noisetiers »), en vallée d’Aspe ?

Maintenons le décorum à tout prix
Je m’en tiens dans un premier temps à la transcription intégrale commentée des archives de la première année d’existence du club. «Au diable la varice», comme disait le phlébologue. A partir du 20 avril 1877, je propose simplement une synthèse des comptes rendus de séances. Même si mon abandon est plus que probable d’ici là, il me tarde d’arriver aux plats roboratifs :
- 1889 : avec Célestin Passet, Brulle et consorts au couloir de Gaube. Enthousiasme ou effroi ?
- 1914 : des « caravanes scolaires » aux tranchées
- 1939-45 : on a continué à aller en montagne sous la direction de guides : dans quelles conditions, jusqu’à quand ? Un accident mettant en cause un guide jette une lumière étonnante sur la période
- et jusqu’à nous : la société de consommation, y compris de produits clubiques et de bénévoles, et de menaces de procès pour les présidents.
Les praticiens le savent bien : sans qu’il soit question de tromperie ou de dissimulation, dans les discours officiels, le contenu explicite, les mesures concrètes, les exhortations, comptent moins que les notions idéologiques ou théoriques sous-jacentes.

C’est pourquoi la session fondatrice du club doit être examinée avec attention.
Comment les participants se présentent-ils ? Quel est l’ordre de préséance ? Qu’ont-ils en commun ? Qu’est-ce qui les réunit ? Séance inaugurale et donc sans président ; mais Schrader est le premier sur la liste. On en est encore sur le mode de la conversation élégante.
- Schrader : figure majeure du pyrénéisme (le Grand Batchimale ou pic Schrader).  Autodidacte (c’est le seul), protestant, explorateur des Pyrénées, artiste, écrivain, cartographe, il ne peut donner cette image. Il a sa rue à Saint-Augustin.
- Saint-Saud, explorateur des Pyrénées espagnoles, aristocrate catholique, ami de Russell ne peut s’en prévaloir. C’est le versant « excentrique », aristocratique, catholique, sans profession, comme Russell, le comte de Bouillé (aquarelliste ; pseudonyme, JAM) et Bertrand de Lassus (ami de Russell), puissant mais en voie de disparition. La mention « avocat » peut être trompeuse ; très fortunés, certains n’exercent pas, comme l’Anglais Charles Packe (première ascension de la Munia en 1864). Ce titre est le nec plus ultra dans la haute société.
- Baysselance, protestant, maire de Bordeaux ; notre refuge du Vignemale porte son nom. Il a sa rue à Saint-Genès.

Et ils sont tenus par le devoir de modération et de modestie.

Adrien Bayssellance

Un commencement et un aboutissement

Commencement manifeste, puisque c’est la première tentative d’institutionnalisation de l’alpinisme sur le modèle anglais. Aboutissement, car c’est le fruit de toutes les conquêtes antérieures, et des liens étroits entre tous les fondateurs, qui se connaissent de longue date. Certains parmi les plus influents sont absents, dont Russell.

Les protestants bordelais, auxquels il faut ajouter le grand géographe Elisée Reclus — la fac de lettres ne lui a même pas dédié une salle — jouent un rôle très important. Beaucoup de polytechniciens ont participé à l’exploration des montagnes, souvent après un passage à l’Ecole du Génie de Metz : Vincent de Chausenque (le Néouvielle), Hossard et Peytier (le Balaïtous), Albert Lourde-Rocheblave, le capitaine Durand dans les Alpes, etc.

Bien qu’ils soient très influents à Bordeaux, aucun Anglais, et pour cause : ils ont le prestigieux Alpine Club, fondé en 1857. Les (très rares) admissions se font plutôt dans l’autre sens : tardivement Russell, Brulle et quelques autres. C’est un grand honneur qui leur est fait.

Une question n’est pas tranchée
Le club doit-il être élitiste comme l’Alpine Club ou bien ouvert et patriotique, et formateur des soldats de la revanche sur la Prusse ? C’est la seconde voie qui sera durablement choisie. L’Alpine Club resta élitiste ; le cadre de cette histoire parallèle est remarquablement tracé dans L’Invention de l’alpinisme, sous la direction d’Olivier Hoibian, Belin, 2008 ; et par Delphine Moraldo, « Les Sommets de l’excellence. Sociologie de l’excellence en alpinisme, au Royaume-Uni et en France, du 19e siècle à nos jours », Thèse de sociologie, ENS de Lyon, sous la direction de Bernard Lahire, octobre 2017 ; en ligne sur https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01798557.

Bien que ce ne soit pas explicite, dans un premier temps le Club Alpin fonctionne sur le principe de la cooptation (sinon pourquoi seraient-ils là, chez le baron de Saint-Saud ?) et non de l’inscription, sur le modèle des clubs aristocratiques anglais les plus en vue : White’s, The Athenaeum, The Reform Club, ou The Sublime Society of Beef Steaks (eh, oui ; sacrés ros….fs !). Ils connaissent leur âge d’or en Angleterre aux 18e et 19e siècles. Et je ne parle pas du Club des Cinq ! Le noyau dur du Club et de la Ville est constitué dès les premières séances. Un club, quel qu’il soit, repose sur des origines, des choix politiques ou des centres d’intérêt communs. Tous les personnages importants sont présents ou mentionnés bien qu’absents (Russell). Plus tard on est sollicité, plus on est éloigné des centres de pouvoir. Si l’on est sollicité tardivement c’est que, sauf oubli, l’on a peu d’influence ou de renom. Et inversement, on est peu écouté car on a été sollicité tardivement.

C’est ce qui a longtemps dissuadé votre serviteur de devenir membre, car j’avais peur qu’on ne me rie au nez, n’ayant pas le niveau... 

Tuquerouye 1890 Près de la Borne de Tuquerouye 1890 : Schrader au milieu Chapeau Barbe

Le 2 avril 1874, à Paris, était fondé le Club Alpin Français

Suivait sa section de Bordeaux, le 5 avril 1876
Au moins pour des raisons sentimentales, mais pas seulement, il est intéressant de transcrire les premières pages de nos archives, tant il est vrai que les débuts conditionnent les développements lointains, surtout lorsqu’ils semblent anodins.

La première séance est brève ; elle a dû être bien préparée, et elle exprime un parfait consensus. Ne siégeaient, suivant un ordre de préséance révélateur, que des personnages importants, rassemblés au domicile d’un de ses membres fortunés, le baron de Saint-Saud. Ils sont très peu nombreux, soit 15 membres potentiels. Les clubs prestigieux sur le modèle anglais ne sont pas forcément beaucoup plus fournis.

Les premiers temps les séances sont très rapprochées, et c’est bien normal :
5 avril 1876 ; 9 mai ; 16 juin ; 21 juillet ; 15 octobre
19 janvier 1877 ; 23 février ; 16 mars ; 20 avril 

Arlot de Saint-Saud

Séance préparatoire du 5 avril 1876

La séance est ouverte dans le salon de Mr le baron Aymar d’Arlot de Saint-Saud rue du Cancera à huit heures et demie.
Présents : messieurs
- Franz Schrader, négociant, membre du groupe girondin de la Sté pour l’Avancement des Sciences, de la Sté des Sciences Physiques et Naturelles, de la Sté Ramond, de la Section de Paris du Club Alpin
- Baron A. d’Arlot de Saint-Saud, avocat à la cour d’appel, membre de la Sté Historique et Archéologique du Périgord, de la Section de Paris du Club Alpin Français
- Adrien Baysselance, ingénieur des constructions navales [Périgourdin ; futur maire de Bordeaux ; par modestie, il ne précise pas qu’il est Polytechnicien ?], membre de la Société Ramond
- Raulin, professeur de botanique et de géologie à la Faculté des Sciences 
- Auguste Ribéreau, avocat à la cour d’appel, professeur de droit commercial à la Faculté de Droit [est-ce la même famille ? Les Ribéreau-Gayon ont joué un très grand rôle dans le vignoble de Bordeaux]
- R. Lanusse, professeur de droit à la faculté de droit
- Ch. Gide, professeur agrégé à la faculté de droit, membre de la Société de Géographie Commerciale de Bordeaux [il y a une rue Charles Gide à Talence] [je ne ferai aucun commentaire sur les abondants loisirs des universitaires ; GD] 
- Paul Dagassan, négociant
- Eugène Kowalski, ingénieur civil, professeur de mécanique et de physique à l’Ecole Supérieure de Commerce et d’Industrie
- Mr. Aurélien de Sarran de Boynet, avocat à la cour d’appel
- Arthur de Brezetz, étudiant en droit
- Henri Brulle, licencié en droit [futur membre de la cordée qui réalisa la première du couloir de Gaube en 1889 avec Célestin Passet, le grand guide de Gavarnie]
Pedro de Brizuela, licencié en droit [Rayé ; il a dû se raviser]

Excusés.
[Mauvais départ : effectivement, aucun d’eux ne deviendra célèbre] Henri Dagassan, avocat à la cour d’appel, Aristide Baumevielle, membre de la Société de Géographie de Paris et de la Section de Paris du Club Alpin [la double appartenance est fréquente dans les premiers temps ; elle semble se poursuivre de façon résiduelle jusque dans les années 1930], Paul Luuyt, ingénieur en chef des Mines, membre de la Section de Paris du Club Alpin. [Il y avait encore des mines importantes dans les Pyrénées]

Henri Brulle (Avec l'autorisation du Musée pyrénéen de Lourdes)

Pourquoi on peut fonder une section à Bordeaux ?

Mr de Saint-Saud explique en quelques mots le but du Club Alpin, l’intérêt pratique et scientifique [noter le mot « scientifique » ;  les premiers membres de l’Alpine Club sont autant des scientifiques, botanistes, géologues, que des alpinistes ; les scientifiques disparaîtront petit à petit] que nous avons à fonder à Bordeaux une section. Nous sommes si loin de Paris que nous ne pouvons pour ainsi dire pas prendre part aux travaux de la Section de Paris. Ce que nous ferons, obtiendrons ou entreprendrons n’en sera pas moins consigné dans l’annuaire. 

Nom de la section
La discussion est ensuite ouverte sur le nom que prendra la section. Après quelques courtes réflexions sur ce sujet il est décidé que nous prendrons le nom de :
Section du Sud-Ouest (Bordeaux)
Mr Fr. Schrader nous lit le premier article de l’annuaire de 1874, article si bien écrit par la plume admirable de George Sand [qui pourtant détestait la haute montagne]. Puis un autre article remarquable du Cte Russel Killough [Il est comique qu’ils oublient un «l» à «Russell», lui que ça agaçait tant] sur les Pyrénées, où les plus sages conseils, les indications les plus précieuses y sont prodigués à côté de remarques fort intéressantes, et dites avec ce sentiment élevé qui caractérise si bien l’auteur de « Seize Mille Lieues à travers l’Asie et l’Océanie » [les Souvenirs, qui feront sa célébrité, ne paraîtront qu’en 1878] ouvrage remarquable à tous les points de vue et que nous voudrions voir entre les mains de tout Alpiniste [le mot « pyrénéisme » sera inventé par Henri Beraldi 20 ans plus tard, dans Cent Ans aux Pyrénées]

On examine ensuite le remarquable Annuaire de 1874 [la publication du Club Alpin de Paris, sur le modèle de Peaks, Passes and Glaciers de l’Alpine Club, devenu par la suite Alpine Journal], et les cartes publiées avec lui. Celle surtout de Mr. Schrader, présent à la réunion, inspire le vif intérêt comme les éloges les plus mérités. Mr. Baysselance nous communique une lithographie de son relief de la vallée d’Ossau [Ce plan-relief trônait dans les thermes des Eaux-Bonnes, quand j’y faisais la cure dans les années 60 ; je n’ai jamais réussi à savoir ce qu’il était devenu depuis les travaux réalisés il y a une dizaine d’années ; GD] qui fait l’admiration des personnes présentes. 

Des dessins faits et apportés par Mr. Schrader sont également vus avec le plus grand plaisir, et d’intéressantes et instructives conversations s’engagent sur les montagnes si bien représentées par le savant et consciencieux crayon de Mr. Schrader.

Adresse à la direction centrale
La plupart des membres présents signent ensuite la demande adressée à Monsieur le Président de la Direction Centrale, pour obtenir l’autorisation de fonder à Bordeaux la section du Sud-Ouest. Monsieur Gide qui part vendredi pour Paris a la gracieuseté de s’en charger pour la remettre au bureau du club, 31 rue Bonaparte.
La séance est levée à 10 heures
Le secrétaire provisoire
Baron A. d’A. de Saint-Saud

Paul Luuyt, premier président du CAF de Bordeaux

La création du club, séance du 9 mai 1876

Présidence de M. Ribéreau

La séance est ouverte à 8 heures ½ [on est strict sur les horaires !] dans le salon de Mr. le Baron Aymar d’Arlot de Saint-Saud, sous la présidence de Mr. Ribéreau, qui a bien voulu l’accepter.
Présents. MM. Bernard, inspecteur principal à la Compagnie du Midi ; de Brezetz, Gachassin-Lafite, avocat ; Ch. Gide, Louis de La Roche-Tolay, étudiant [J’imagine qu’il est là davantage en tant que « de La Roche-Tolay », qu’en tant qu’étudiant…… en droit ?] ; L. Lourde-Rocheblave, négociant [Tuquerouye, Baysselance] ; Ribéreau, A. Rosset, notaire ; Fr. Schrader, de  Saint-Saud
Excusés. MM. Baysselance, Dagassan, Luuyt

Il est donné lecture de deux lettres émanant de la Direction Centrale, qui voit avec plaisir la formation à Bordeaux d’une section du Club Alpin Français, qui prend le nom de Section du Sud-Ouest. [Le Club est centralisé et hiérarchisé au plan national ; les grandes décisions sont prises à Paris]
Le procès-verbal est lu et adopté.

29 membres fondateurs 
Il est donné lecture de la liste des membres fondateurs de la section dont le nombre s’élève à 29 . Voici les noms [par ordre alphabétique, sans préséance] :
Baron A. d’A. de Saint-Saud
Alfred Balguerie, ingénieur au Midi [le cours Balguerie-Stutttenberg est proche du siège du Club Alpin]
Aristide Baumevielle
Adrien Baysselance
Bernard, inspecteur au Midi [Compagnie du Midi ; chemins de fer, électricité]
Albert Brandenburg, négociant [protestant, futur maire de Bordeaux]
Arthur de Brézetz [homme de lettres, juriste]
Joseph Brisson [futur député]
Henri Brulle, licencié en droit
Henri Dagassan, avocat
Paul Dagassan
Ludovic Daviaud, avocat
Xavier David, étudiant
Baron Desgraviers
Frédéric Dulac
Charles Gide [universitaire protestant, philanthrope]
Louis Gachassin-Lafite, avocat
Eugène Kowalski, ingénieur civil
Lacotte-Minard, A., à Bordas [?] (Dordogne)
Lanusse, R.
Louis de La Roche-Tolay
Levillain, C., professeur à la faculté de droit
Lourde-Rocheblave
Paul Luuyt 
Albert Poisson, étudiant en droit
De Sauvagnac-Rabar, G.
Auguste Ribéreau
Rosset, A., notaire 
Franz Schrader [cette fois sans indication de profession]
Statuts.
[Les statuts locaux tolèrent une adaptation des statuts centraux élaborés à Paris]

Gavarnie, aquarelle de Franz Schrader

La question des refuges, déjà

La discussion est ensuite ouverte sur un projet de statuts présenté par Mr. De Saint-Saud [le partage des rôles est fait]: sur l’article paragraphe 3 de l’article I, Mr. Bernard demande comment nous pourrons, dès le début surtout, subvenir à des frais de construction dans les montagnes [la parole est aux ingénieurs du Midi : la question des refuges se pose aussitôt], Mr. de Saint-Saud [plus politique, il fait le lien avec Paris] répond en lisant dans le bulletin n° 4 le passage relatif à des subventions de 500 francs, accordées par la Direction Centrale aux Sections. L’article I est adopté ainsi que l’article II. Sur la demande de Mr. Ribéreau, le bureau est nommé pour un an seulement, mais est rééligible. L’article III est ainsi adopté, de même que l’article IV.

Cotisations
La discussion est ensuite engagée sur l’article V, concernant les cotisations ; après observations et propositions diverses, l’article est rédigé dans le sens proposé par Mr. Schrader. Quant au rachat de la cotisation de section, il est fixé à 150 fr.
L’article VI soulève quelques difficultés ; sur sa proposition, Mr. Ribéreau fait décider que le délai de l’acquittement est fixé à 10 jours avant la fin de l’année, et Mr. Bernard qu’on ne rayera qu’après avertissement préalable.

Article VII adopté ; VIII, idem, en ajoutant à la suite des deux tiers des membres présents convoqués à cet effet. [Souligné]. Articles IX et X adoptés.
Article XI ; concernant les instruments : sur proposition de Mr Gachassin-Lafite, la détérioration des objets est considéré comme l’égarement. Adopté. [Le club prête des instruments]
Articles  XII, XIII, XIV, XV, XVI adoptés sans observations.

La discussion s’engage sur l’article XVII : Mr. Rosset y prend une part active, et demande des détails et des explications sur le mode de recouvrements et le genre des dépenses ; après diverses  propositions il est décidé que l’on mettra simplement : «Le trésorier est chargé de la caisse.» [Le tout, c’est qu’il ne parte pas avec]
Articles XVIII, XIX, XX adoptés.
Article XXI, Mr. de Saint-Saud demandait que le tiers des membres puis cinq seulement signassent la demande de modification de statuts ; on décide que trois suffiront.

Le premier Bureau.
Il est ensuite procédé à la nomination du bureau, dont voici la composition :
- Président : Mr. Paul Luuyt
- Vice-présidents: Mr. Adrien Baysselance : Mr. Franz Schrader
- Secrétaire général : Mr. Gide
- Trésorier: Mr. A. Rosset
- Secrétaire archiviste: Baron A. de Saint-Saud

Correspondance
Mr de Saint Saud donne lecture de la correspondance. L’annuaire qui va paraître ne sera pas envoyé aux membres qui n’ont droit qu’aux publications de l’année, seulement les adhérents à la Section du Sud-Ouest pouvant se le procurer ainsi que le précédent au prix de 10 francs (au lieu de 15). Mr. Simon, directeur de l’exploitation des chemins de fer du Midi annonce que remise de 50% est faite aux membres du Club Alpin pour un groupe de 10 au moins [Les membres ingénieurs au Midi ont obtenu des avantages de leur entreprise ; ce qui n’empêchera pas Russell de vitupérer contre les retards et l’inconfort de leurs trains dans «Tribulations d’un voyageur sur les lignes du Midi» et dans «Tribulations d’un voyageur et d’une locomotive»].

Mr. Chartron, secrétaire de la Section de Lyon, [le Club Alpin repose sur des relations verticales avec Paris, et horizontales avec d’autres clubs, français et étrangers], à qui Mr. de Saint-Saud avait écrit pour avoir les statuts de sa section, répond, en les envoyant, avec une lettre fort aimable dans laquelle il annonce qu’une réunion internationale des Clubs Alpins Français, Suisses et Italiens [mais pas Austro-allemands] aura lieu vers le 15 août à Annecy, avis aux voyageurs ! Mr. Gide dit qu’une fête de ce genre aura lieu à la fin de mai à Florence, [il n’y a pas de source d’information centralisée ; les relations de chacun jouent à plein] et qu’il est accordé remise de 50% sur les chemins de fer italiens, pour les membres des Clubs Alpins.

La Société de Géographie Commerciale de Bordeaux nous a fait hommage, par l’entremise de Mr. Foncin, son secrétaire général, de son bulletin de 1875. Mr. Gide aura l’obligeance de rédiger une circulaire, que l’on pourra imprimer suivie des statuts et de la liste des membres de la Section, pour être distribuée et nous amener de nouveaux adhérents [La cooptation passe au second plan ; il faut augmenter le nombre d’adhérents spontanés : situation ambiguë, transition qui se fait sans conflit apparent, ni discussion de fond]

La question du local est agitée
MM. Ribéreau et Schrader verront à obtenir soit à la Bourse, soit à l’école professionnelle un local gratuit. Mr. Brandenburg a dit à Mr. Schrader qu’il pensait que le Ville ne ferait aucune difficulté. [Les principaux appuis sont la Ville et le négoce]
Si la Société de Géographie Commerciale fait une excursion dans les Pyrénées, on s’entendra avec elle [première mention de sorties collectives organisées officiellement], pour organiser en même temps une caravane [le mot est promis à un bel avenir : « caravanes scolaires », etc.].

La séance est terminée par l’intéressante lecture d’un article de Mr. Schrader sur le Mont-Perdu, article qui va paraître dans l’annuaire de 1875.

La séance est levée à 11 heures ¼ [séance plus longue que les précédentes à cause de l’examen des Statuts]. Le présent procès-verbal a été rédigé d’après les  notes prises par Mr. de Brézets
Le secrétaire-archiviste
Bon A d’A. de Saint-Saud

image

Séance du 16 Juin 1876

Présidence de Mr. Luuyt

La séance est ouverte dans le salon de Mr. Ribéreau à 8 heures ½
Présents. MM. Joseph Baysselance, Schrader, Gide, Rosset, Bernard, de Brezets, Henri Dagassan, Paul Dagassan, Lanusse, Levillain, Ribéreau, de Saint-Saud
Le dernier procès-verbal est lu et adopté.
Mr. Luuyt remercie de ce que l’on ait songé à lui comme président, malgré ses nombreuses occupations, il fera tout son possible pour donner à la Section son concours le plus dévoué.

Correspondance.
La correspondance contient :
1- une lettre de M. Albert Poisson qui, allant bientôt quitter Bordeaux, donne sa démission : l’adhésion de Mr. Poisson étant arrivée au moment de la formation de notre Section, elle est acceptée sans difficultés 
2- une réponse de Mr. Foncin au nom de la Société de Géographie Commerciale, à la lettre que lui avait adressée notre secrétaire général pour lui annoncer notre formation.
3- M. Dulac a écrit de Norvège où il voyage.
4- Mr. A. Lacotte-Minard qui explore en ce moment les environs du Mont-Perdu en remerciant de son admission [toujours la cooptation] se met à notre disposition pour tous renseignements désirables
5- la Direction Centrale a écrit quelques lettres : c’est par l’entremise de l’administrateur délégué, à qui l’on devra s’adresser, nous devons faire venir les ouvrages géographiques de la maison Hachette, et les cartes d’Etat-major, qui nous sont  livrés avec remise. [Les procédures administratives se formalisent ; les interlocuteurs privilégiés sont en place]

Admissions
MM. Barabraham et Segrestaa [« -aa » : patronyme béarnais]
Sont admis ensuite : M. Barabraham (Min), banquier, 12 place Guy-Gautier [c’est le premier banquier]; Segrestaa (Maurice), 25, allées de Chartres [Il n’est déjà plus question de parrains]

Cartes d’Etat-major
La Section consultée s’en rapporte au bureau sur  le choix des cartes d’Etat-major, à solliciter, collées, de la Direction Centrale. [Les achats sont centralisés à Paris]

Caravanes
Mr le Président demande ce que nous devons faire pour organiser des caravanes scolaires [première fois que l’expression est utilisée à Bordeaux : les subjectifs éducatifs vont devenir essentiels] La discussion s’engage sur ce sujet ; on nomme une commission composée de MM. Baysselance, Schrader, Bernard et Dagassan, pour s’occuper de la question. D’ici la prochaine réunion qui aura lieu sur la proposition de Mr le Président
Circulaires de la Section
La circulaire imprimée suivie de nos statuts et de la liste des membres fondateurs [ils sont décidément très importants] a été envoyées aux adhérents [c’est très protocolaire] ; elle pourra être adressée aux personnes [« membres » raturé ; c’est un indice de l’importance des mots] que les membres de la Section désigneront [on fait la distinction entre les «personnes», encore nombres, mais membres potentiels, et ceux qui sont déjà membres]. On s’en rapporte aux bons soins de Mr. Gide.
Caravanes étrangères
Mr. Baysselance rappelle que les bureaux des villes où une Section du club est établie, sont chargés de trouver ou de s’occuper des logements pour les caravanes des autres sections qui viendraient à traverser cette ville.

Pic du Midi de Bigorre

Les excursions

Pic du Midi [«course» n’apparaîtra que plus tard]
Mr. Schrader raconte une excursion qu’il a faite le 4 juin dernier au Pic du Midi de Bigorre. Il a été heureux de faire la connaissance de Mr. le Gal de Nansouty [celui de la place Nansouty ; il fit construire  l’observatoire du Pic, dont les travaux s’étalent de 1873 à 1882], ce hardi champion de la science. La neige était épaisse surtout à l’Est, la maison du col en  était couverte. Guidé par Mr. Baylac [observateur au pic du Midi ; adjoint du général de Nansouty ; ils passèrent 6 hivers au col de Sencours en attendant que les travaux soient terminés au sommet], il est arrivé à 8h ½ du matin à l’abri puis a vu le lever du soleil au sommet du pic, et a été émerveillé du spectacle. La descente a été plus longue que la montée [neige molle]. En terminant Mr. Schrader fait les éloges de Brau [ni prénom ni «Mr » ; c’est un employé ; les Brau-Nogué ont fourni les plus gros contingents de porteurs du pic], aubergiste à Gripp (Sainte-Marie). Mr. le Pt remercie l’orateur de son récit, plusieurs questions intéressantes sont échangées au sujet de l’observatoire du Pic du Midi.
Cantal
Mr. Baysselance nous fait part de remarques intéressantes, faites dans un dernier voyage au Cantal. Le Plomb était couvert de neige cette année-ci, mais l’année précédente il en avait fait l’ascension. Il recommande à l’attention du voyageur le col du Lioran et la route qui passe en-dessus (1152 mètres d’alt.) puis la forêt de Murat qui ne peut s’exploiter que de mai à novembre. A Aurillac il fit la connaissance d’un géologue distingué [ils le sont tous], M. Ranier, qui a étudié les périodes d’activité des volcans dans une couche quartenaire, conjointement aux laves et à des silex taillés ; il a trouvé une carte géologique fort belle de ces contrées. 

[Les réunions se font sur le mode de la conversation policée et éclairée ; et on emploie le passé simple, cauchemar de mes étudiants !]
Vallée de la Vézère
Mr. le Bon A. de Saint-Saud dit quelques mots sur une excursion intéressante qu’il a faite le 13 juin dernier aux grottes préhistoriques de la vallée de la Vézère (Moustier, Laugerie, Cro-Magnon, les Eyzies). Il y aurait, dit-il [Ce sont les débuts de la science préhistorique : les membres du club découvrent le sujet] des études fort intéressantes à faire dans ce pays peu connu, très montagneux [nous y voilà !] et pittoresque [«Pittoresque», un mot qui connaît une fortune phénoménale depuis le 18e siècle anglais et ses « jardins paysagers »] qu’on nomme [J’adore «qu’on nomme» : c’est une vraie découverte, manifestement ses auditeurs n’y ont jamais promené leur alpenstock] le Périgord Noir. Les murailles de rochers hauts parfois de 100 mètres, les points de vue fort élevés, des grottes à explorer [On ne se refait pas ; c’est un des centres d’intérêt du club ; Norbert Casteret viendra], des châteaux en ruine intéressant le touriste [Le mot est en voie de dépréciation, mais peut encore désigner des alpinistes] comme le géologue, le dessinateur [comme Schrader] comme l’archéologue. [Les centres d’intérêt ne sont pas strictement montagnards
]

Dons 
La Société des Touristes du Dauphiné [STD. puissant club d’alpinisme fondé à Grenoble en 1875, en vérité rival du Club Alpin, comme la FFME avec le CAF, mais on est entre gens bien élevés] nous a gracieusement envoyé le premier volume de ses travaux
Une réunion extraordinaire aura lieu le vendredi 21 juillet prochain.
La séance est levée à 10 heures1/2 [C’est réglé au chronomètre]
Le secrétaire-archiviste
Bon A. de Saint-Saud

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Séance du 21 Juillet 1876

Présidence de Mr. Schrader, Vice-Président

La séance est ouverte à 8 heures ½ dans le salon de Mr. Bernard
Présents. MM. Schrader, Gide, Balguerie, Bernard, H. Dagassan, Lanusse, Levillain, Lourde-Rocheblave, de Saint-Saud
Excusés. MM. Luuyt [à peine élu président, et déjà absent], de Brezetz, P. Dagassan, Gachassin-Lafite.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Sont admis membres de la Section :
MM. Deloynes (Paul), professeur à la faculté de droit, 117 rue de la Course, présenté par MM. Gide et Lanusse [il est parfaitement clair qu’il s’agit de cooptation, avec 2 parrains]
Delpech (Edouard), propriétaire à Clairac, Lot-et-Garonne, présenté par MM. Schrader et de Saint-Saud
Dupuy (Joseph), étudiant en droit, chemin de Saint-Médard, à Caudéran, présenté par MM. Lanusse et Levillain
Morel (G.) professeur au lycée, cours d’Albret, 23, présenté par MM. Schrader et Bernard
Redon (Ernest), secrétaire de la Société de Sainte-Cécile, allées Lamour [?], 26, présenté par MM. Schrader et Bernard
Décès de M. Cézanne [cofondateur du Club Alpin, dont il devient le 2e président en 1875]
Nomination de M. Joanne [éditeur de célèbres guides touristiques, ancêtres des guides Hachette]

La correspondance contient
- Une lettre du secrétaire gal de la Direction Centrale, annonçant la mort du président du Club Alpin, Mr. Cézanne. La section s’associe aux regrets unanimes causés par cette perte. Une lettre dans ce sens sera écrite à la Direction Centrale ; une félicitation sera aussi envoyée à Mr. Adolphe Joanne, nommé président du CAF
- Une lettre de Mr. Soldan-Schettau, de Lausanne, membre de la Section des Diablerets du Club Alpin Suisse, se mettant à disposition des membres qui visiteraient la Suisse [noter la force des liens internationaux et des dons et échanges entre les Clubs]
- Envoi des Statuts de la Section d’Auvergne, et d’un catalogue avec remise de prix, chez Lafontaine, opticien à Paris. [On s’échange les informations techniques, et on s’inspire de l’expérience des autres clubs]

Le Bulletin trimestriel
[La publication d’un Bulletin est d’emblée jugée comme essentielle aux activités du Club], Il contient une foule de détails intéressants, et d’indications propres à diriger les touristes, pour les renseignements qu’ils auraient à transmettre à leurs sections.
Abonnement à l’Alpine Journal et à l’Echo des Alpes [ne pas confondre avec Le Génie des alpages]
La Direction Centrale offrant gracieusement d’abonner chaque Section à deux revues alpestres, celle du Sud-ouest sollicite l’envoi de l’Alpine Journal of London, et l’Echo des Alpes de Genève. [Tout ce qui compte alors en alpinisme est là]

Congrès interal d’Annecy.
Mr le Bon de Saint-Saud délégué Monsieur le Président de la Sous-section d’Annecy a envoyé à notre président une invitation [les relations entre les Clubs sont toujours régies par les règles de l’ancienne convivialité ; il n’y a pas «convocation» ou d’«avis», mais des «invitations»] au congrès des clubs alpins qui doit avoir lieu dans cette ville, les 13, 14 et 15 août prochains. Seul de la Section Mr le Bon de Saint-Saud pourra s’y rendre [les autres sont en montagne, je présume], et la Section le délègue pour la représenter à cette fête.

Vœux
Sur la proposition de Mr de Saint-Saud, la Section émet le vœu qu’il y ait chaque année, un congrès général du Club Alpin dans une ville de France [c’est effectivement le cas ; une fois qu’on a créé une section, il faut l’intégrer à l’ensemble]. Elle a également le désir, qu’à l’avenir le Bulletin contienne une table méthodique des montagnes et localités mentionnées dans l’ouvrage [les numéros s’accumulent depuis 1874, il faut une table récapitulative ; c’est une publication de référence où l’on veut trouver des renseignements pratiques le moment venu], afin de faciliter les recherches. La Direction Centrale sera prévenue du vœu et du désir.

Troumouse

Caravanes scolaires

La discussion est ensuite engagée sur l’organisation des caravanes scolaires. Mr. Bernard a rencontré de la difficulté auprès de la Cie du Midi, quand il s’agira d’une caravane, qui aura à employer son réseau, conjointement avec celui d’autres compagnies [il y avait plusieurs compagnies de chemin de fer qui se partageaient le territoire à l’époque, dont la célèbre PLM, Paris-Lyon-Marseille ; le partenaire naturel du club est le Midi, les enfants étant acheminés par train de toute la France].

Difficultés avec le Midi
Le Midi exige en plus le paiement du trajet entier avant le départ, et l’heure exacte du retour. Mr. Schrader de son côté a écrit à Mr. Talberg, qui a télégraphié [télégramme ; on sent l’urgence et la tension : la compagnie n’est pas en peine de clients] ce matin dans un sens favorable ; il lui écrira pour lui demander des détails plus complets sur l’organisation des caravanes. La Section, après en avoir délibéré, s’en rapporte aux bons soins de MM. Schrader et Gide, qui rédigeront une circulaire pour l’envoyer aux établissements, en attendant tâchons d’avoir des adhérents et  un membre centraliserait les renseignements.
Itinéraires des caravanes.
Voici les itinéraires proposés :
- Bx-Périgueux-Brive-Capdenac-Decazeville-Montauban-Agen-Bx. Mr. Céré-Guinot en accepterait la Direction. Environ 100 fr. par tête
- Bx-Bayonne-Saint Jean-de-Luz-Fontarabia-La Bidassoa-La Rhune-Guétary-Retour. Environ 65 fr.
1er jour : Bx-Pau-Pierrefitte-Coucher à Luz [l’ancienne gare de Luz existe toujours]
2e Jour : Saint-Sauveur- Gavarnie-Visite du Cirque-Coucher à Héas
3e & 4e Jour : Visite des Cirques d’Estaubé-Troumouse (?) [Sacrilège : comment peut-on hésiter à aller à Troumouse] : "Nous demeurâmes interdits à l’aspect d’un objet aussi nouveau pour nous que si nous n’avions jamais vu des montagnes." (Ramond)]-Barèges-Lever du soleil au Pic du Midi de Bigorre [le revoilà, celui-là ! C’est l’idée de qui ? Schrader ?]
-Retour. Environ 130 fr. par personne. Un mulet ou un âne suivra la caravane [non, merci : comme disait à peu près Churchill : «Les équidés, c’est inconfortable au milieu et dangereux aux deux bouts !»].

Local
La municipalité [Nous comptons encore sur elle] nous a accordé en principe [On connaît ; il faut toujours se battre !], pour une réunion du soir le local des allées de Tourny [adresse fort élégante]. Une demande officielle sera faite pour notre prochaine réunion.

Lecture nécrologique.
La séance est terminée par la lecture, faite par Monsieur Bernard, d’un article nécrologique sur Mr. Cézanne, président du Club Alpin.
La séance est levée à 10 heures ¼ [Toujours une régularité de métronome ; pas de livraison de pizzas en vue]
Le secrétaire-archiviste
Baron Aymar de Saint-Saud 

10 allées de Tourny

Séance du 15 octobre 1876

Présidence de Mr. Schrader, vice-président

La séance est ouverte à 8 heures ½, dans la salle gracieusement prêtée par la Ville, 10 allées de Tourny [quelle célérité !]

Membres présents
MM. Schrader, Gide, Rosset, de Brezetz, Henri Dagassan, Deloynes, Delpech, Gachassin-Lafite, Johanneton, Lacotte-Minard, Lanusse, Levillain, Ribéreau, A. de Saint-Saud
[les membres les plus récents ne sont pas les plus assidus]
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Admissions
[9 en une fois, c’est le plus gros contingent depuis la fondation du club ; les adhésions se banalisent-elles ?]
Ont été admis dans le courant de l’été membres de la Section, et inscrits comme tels sur le Bulletin de la Direction Centrale [tous les membres de France sont inscrits au Bulletin Central ; un peu comme dans le Who’s Who ou le Bottin mondain ; ils sont désormais 46, attention on va manquer d’espace !]
MM. Galivert (P.), avoué à la cour d’appel, 1 rue de Cheverus
Johanneton (George), négociant, 25 bis cours du Jardin Public
Laroze, Alfred, avocat, bâtonnier de l’ordre, 17 rue de Montméjean [toujours des Laroze à Bordeaux]
Sarrazin  (E.), avocat, place du château à Coutras, et 5 rue des Remparts
Sont présentés et reçus à la présente séance :
MM. Boisseuilh (le vicomte Joseph de), château de Boreaux, près Périgueux, présenté par MM. Minard et de Saint-Saud [on renoue avec la pratique des parrains]
Champsavin (C. Le Beschu de), 9 rue Rolliers Rennes (Ile-et-Vilaine), présenté par les mêmes [c’est le membre le plus éloigné]
Chevalier (J.P.), adjoint au maire, 50, rue du Jardin-Public, présenté par MM. Schrader et Brandenburg [où est le maire, Emile Fourcand ? Son successeur serA... Albert Brandenburg !]
Illaret (Antoine), médecin vétérinaire, membre de l’Association Française pour l’Avancement des Sciences, à Sainte-Ferme, par Monségur, Gironde, présenté par MM. Schrader et de Saint-Saud
Lard de Régoullières (le comte Arnaud de), à Tizac de Galgon, par Cavignac, présenté par MM. de Brezets et de Saint-Saud
Décision relative à la présentation des membres
Il est décidé qu’à l’avenir, on suivra rigoureusement l’article IV des statuts relatif à la présentation des membres [«que’m semblèbe» , il me semblait bien, en gascon; il y a du relâchement dans les procédures], toute demande d’admission devra être adressée au moins 8 jours avant la séance [pour examen, et éventuel rejet, de la candidature : jusque-là on était dans le non-dit ; maintenant on peut s’inscrire sur Internet, et sans parrains], au président, ou à défaut à l’un des vice-présidents ou au secrétaire général ; cette demande pourra émaner du nouvel adhérent, mentionnant ses deux présentateurs, ou de l’un de ses présentateurs indiquant son collègue. La lettre de convocation [précédemment il était question d’«invitation»] à la séance contiendra les noms des personnes à recevoir.
Départ démission Mr. Luuyt, président
Mr. Schrader annonce la démission de président et de membre de la Section, de Mr. Luuyt, appelé à Paris par de nouvelles fonctions.
Dons
Les dons consistent en un baromètre envoyé par la Direction Centrale, en cartes d’état-major de notre région collées sur toile [donc pas transportables dans un sac], en 5 volumes d’itinéraires géographiques de la France, offerts, sur la demande de Mr. de Saint-Saud, par l’auteur Mr. Courtois de la Section des Pyrénées Centrales [Toulouse ; Santiago Mendieta, Le Club Alpin Français de Toulouse. 140 Ans de passion pour la montagne, de 1876 à aujourd’hui, Privat, 2016]. A ce sujet Mr. Courtois a exprimé le désir que la Section souscrive pour un volume qu’il va en faire paraître [échange de bons procédés], relatif aux Pyrénées ; la Section consultée souscrit pour les 3 Fr. demandés.
Renvoi du rapport du trésorier, avec la nomination du Président
Plusieurs lettres de convocation n’ayant pas été remises à temps, celle de M. Rosset entr’autres, le rapport du trésorier et la nomination du président sont remis à la prochaine séance.
Rapport du Secrétaire général
Monsieur le Secrétaire général fait un rapport verbal, sur les entreprises qui, quoique fondée un peu tard, s’est développée avec une certaine rapidité. Il mentionne la somme de 500 fr accordée par la Direction Centrale pour un abri au Mont-Perdu [simple abri sous roche aménagé, ce sera un échec, sauf auprès des bivouaqueurs endurcis ; le temps des refuges que nous connaissons est venu, au grand dam de Russell qui leur reprochait de défigurer les paysages et d’attirer les touristes en nasse], nous devrons nous entendre pour cela avec la Société Ramond. Cette question est renvoyée à l’ordre du jour d’une des prochaines séances, ainsi que celle des caravanes scolaires pour les vacances de Pâques

Brêche de Roland

Les Guides de Gavarnie et autres excursions

A propos d’un accident, heureusement sans suites graves, arrivé cet été, à un Bordelais, sur le glacier de la brèche de Roland [il n’existe plus], Mr. Schrader racontant le fait soulève la question des guides à établir puis à réglementer à Gavarnie. Plusieurs membres prennent part à la discussion. [Vaste question : la Compagnie des Guides de Chamonix fut fondée en 1821, suite à l’accident de la cordée Hamel en 1820 ; elle n’aura pas d’équivalent dans les Pyrénées, malgré la tentative de Roger Frison-Roche dans les années 30]

Mr. Lacotte-Minard, ses excursions dans les Pyrénées
Mr. le Président donne la parole à Mr. Lacotte-Minard. Notre intrépide collègue raconte brièvement et avec une grande simplicité qui en relève le mérite ses nombreuses excursions dans les Pyrénées. [On reste dans le schéma de la conversation et du récit conviviaux et élégants ; pratique disparue aujourd’hui dans les réunions de bureau] Il recommande le voyage de Gavarnie à Huesca (Espagne) par le merveilleux Baranco [sic : «Baranco» avec un seul «r»] del Fronde avec retour par Jacca [sic : « Jacca » avec deux «c»] et Panticosa. Il a gravi le Cylindre du Marboré, le Mont-Perdu, la Munia, le pic de Falsa [sic pour «Fulsa»], celui de Suelsa par le versant Sud-ouest ; celui des Hermittans, entre les vallées d’Aure et de Luchon. Puis en compagnie de Mr. Champsavin, présenté par lui à cette séance, les Posets, le Perdighero, le Gallinero ; il faut 5 heures de Venasque, où l’on doit coucher, et être fort mal logé, pour atteindre ce dernier sommet, en suivant le chemin du col de Castanèze.

 

Mr. Minard donne ensuite quelques détails sur le Balaïtous (3146 mètres)
en fait, 3.144 mètres] ou Marmuré [le Balaïtous a d’autres noms encore, tous abandonnés], qu’il a escaladé et sur la vallée d’Ordessa [sic, avec deux «s»] (derrière le Mont-Perdu), appelée à tort vallée d’Aras, qu’il croit profonde de 300 mètres environ sur 200 de large. Après ces intéressantes communications, des remerciements unanimes sont adressés à l’intrépide touriste [les topos n’existent guère encore ; toutes les informations pratiques sont les bienvenues].

 

Mr le Baron A. de Saint-Saud au congrès d’Annecy ; ses excursions en Suisse, Savoie et Auvergne
Mr. le Bon A. d’A. de Saint-Saud, est délégué par la Section pour représenter les Pyrénées [quid du Club des Pyrénées Centrales ?] au congrès des clubs alpins d’Annecy et d’Aix-les-Bains. Les fêtes [c’est le mot « fête » qui revient régulièrement à propos du congrès ; ce qui paraît incongru de nos jours] ont été fort belles, elles vous seront décrites dans le Bulletin, il ne vos en parlera pas : mais ce qu’il ne peut taire, c’est l’accueil charmant [un des adjectifs favoris de Russell, «délicieusement désuet»] et particulier fait Mr. Joanne, par le colonel Pierre, par tous ces collègues des Alpes, de Lyon et d’Auvergne, car il est revenu par ce pays. Il a assisté à l’inauguration de l’observatoire du Puy de Dôme, dont il a fait ce jour-là l’ascension à pied conduite par Mr. Moinier, le maire, et le président de la Section Auvergne. Il a exploré les environs du Mont-Dore, Besse, Murat, le Mont-Cornadore, les lacs Pavin, Chambon, le pic Sancy [sic], le point culminant de la France Centrale, avec une caravane des membres de l’Association Française dirigée par Mr. Vimont, le secrétaire général de la Section d’Auvergne. Il est revenu par le Cantal, dont il a fait l’ascension (en voir le compte rendu dans le dernier Bulletin)

Mr. Rosset en Ombrie
Mr. Rosset dit quelques mots sur les montagnes de l’Ombrie (Italie) qu’il a traversée. Les autres communications sont renvoyées à la prochaine séance.
La séance est levée à 10 heures ¾ [le métronome ne s’est pas déréglé]

Le secrétaire général-archiviste
Bon A. de Saint-Saud

Alphonse Terpereau, photographe

Séance du 19 janvier 1877

Présidence de Mr. Baysselance, vice-président

La séance est ouverte à 8h ½ par  la lecture du procès-verbal de la précédente séance qui est lu et adopté.

Membres présents
[le taux d’absentéisme est en augmentation ; il dépasse les 75%]
MM. Baysselance Schrader, Gide, Rosset, Brandenburg, Brulle, Paul Dagassan, Ilaret, Johanneton, Lacotte-Minard, Lourde, de Saint-Saud, Mr. Montigny-Faye, substitut, membre de la Section de Toulouse 
Excusés
MM. De Brézetz, Brisson, Delpech, Maumus 
Terpereau, photographe [l’un des plus des importants de l’époque, a laissé des témoignages importants de la Gironde d’alors]
Décision relative à l’admission des nouveaux membres
[Question d’importance, et toujours en suspens, puisque la «décision» de la séance précédente n’a pas suffi ; elle est la première à l’ordre du jour ; mais la règle s’assouplit, c’est la voie de l’abandon]
Mr le président annonce que le bureau [décision prise par le bureau et non par l’assemblée  générale, qui aurait peut-être été moins souple : quand on a subi une règle rigoureuse, on ne souhaite pas qu’elle disparaisse] a décidé qu’il suffirait de la demande d’un seul membre pour qu’il soit procédé à l’admission de membres nouveaux par scrutin secret [c’est la concession faite à la rigueur, mais il est impossible d’aller contre l’ouverture décidée à Paris. « Décision » insuffisante, car le double parrainage se maintient dans la séance du 20 avril 1877, les résistances doivent être grandes]
Admission de MM. Chaigneau, Forst, Lewden, de La Grand-Rive, Tisseyre [5 nouveaux membres, ils sont 58, avec la démission du président]

Sont ensuite admis à l’unanimité [étrange formulation : y aurait-il une cooptation en deux étapes, avec deux parrains, et un vote de l’assemblée ?]
Chaigneau (Charles), négociant, 33 rue Dody, présenté par MM. Chevalier et Schrader
Forst (William), commis-négociant, 5 rue Minvielle, présenté par MM Schrader été de Saint-Saud
Grand-Rive (Ludovic Dupuy de la), notaire, Grand-Rue, à Libourne, Gironde, présenté par MM. Brulle (Brulle était lui aussi notaire, et natif de Libourne) et Brisson
Lewden (Amédée), négociant, quai du Pont, à Libourne, présenté par les mêmes
Tisseyre (Albert), négociant, cours du XXX-Juillet, 26, présenté par MM. Schrader et de Saint-Saud

La correspondance
contient des lettres de remerciements de MM. de Champsavin, Ilaret, Maumus, Chevalier. Mr.de Boissenilh a chargé Mr de Saint-Saud d’exprimer els siens. Lettres d’excuses de ne pouvoir assister à la séance de MM. Delpech, Maumus,  de Brézets ; ce dernier communiquera à la prochaine réunion deux appareils photographiques, dits de poche, qui donnent de bons résultats [le matériel, alors constitué de plaques de verre, était extrêmement volumineux et fragile]
Dons
Mr de Saint-Saud donne aux archives les n° de juillet, août du Nouvel Explorateur, les n° d’octobre et janvier de L’Exploration. Nous avons reçu de la famille de M. Dollfus-Ausset [directeur philanthrope de la maison textile alsacienne Dollfus-Mieg, famille protestante ; établit les plans d’un observatoire au sommet du Mont-Blanc] par l’entremise de la section de Nancy, les 14 volumes et un atlas de 40 feuilles, des matériaux pour servir à l’étude des glaciers, par M. Dollfus-Ausset. Mr de Saint-Saud en accusant réception du ballot a cru bien faire en chargeant la Section des Vosges des remerciements de notre Section, pour la famille de M. Dollfus. Le bureau approuve cela.

Il est ensuite procédé à la nomination du président. Mr  Franz Schrader ayant obtenu la majorité des suffrages [mais pas l’unanimité, semble-t-il] est nommé président. Mr Baysselance lui cède le fauteuil, et la séance continue sous la présidence de Mr Schrader, président

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Rapport du trésorier
Monsieur Rosset, trésorier, présente un rapport de la gestion pendant l’exercice 1876, écrit et déposé sur le bureau, il constate un excédent de 214 francs 16 centimes  des recettes sur els dépenses. Des remerciements unanimes sont adressés à Mr le trésorier pour le zèle, le soin l’exactitude avec lesquels il s’est acquitté de son mandat.
Démonstration d’un appareil photographique par Mr Terpereau [beaucoup plus important que cela n’en a l’air]
Mr Terpereau nous fait examiner un appareil-laboratoire (formant chambre noire) [«laboratoire formant chambre noire», rajouté, tant la notion semble étrange à ces néophytes désemparés devant ce spécialiste à la pointe du progrès] photographique, très ingénieusement combiné, très léger pour sa grandeur, et relativement portatif [J’adore «relativement» ; pourquoi n’est-ce pas Alphonse Terpereau, qui est plus qualifié ?] ; il est d’une utilité incontestable pour les excursions ordinaires, mais il est un peu volumineux pour les ascensions des sommets [ce n’est qu’un début]. La Section remercie beaucoup Mr Terpereau de son obligeance, et promet de recommander son appareil à tous ses membres.
[Le Secrétaire n’est même pas capable d’en donner une description technique sommaire]
Caravanes

La question des caravanes scolaires est de nouveau agitée
Mr Montigny-Faye nous indique obligeamment quelques excursions aux environs de Bayonne ; mais on ne peut rien arrêter pour le présent.  Quant à l’abri du Mont-Perdu, il faudra s’instruire sur place, l’été prochain avec le Cte Russell-Killough [«Russell» avec deux «l» cette fois ; abandonnez l’idée, on vous dit, elle ne marchera jamais ; et Russell est un excentrique élitiste]

Excursions de Mr Gide
 Mr Gide raconte son ascension au Plomb  du Cantal, contrairement à ce que dit Mr de Saint-Saud sur cette excursion, [quelle audace !] il est d’avis de partir de la station du Lioran. Il a fait en outre quelques courses intéressantes dans les Cévennes, et dans la vallée de l’Ardèche, très remarquable. 
Exploration du Mont-Perdu par Mr. D. Schrader
Mr. Schrader nous dit quelques mots sur ses explorations autour du Mont-Perdu, et montre un panorama [tout simplement admirable !] pris du Piméné qui paraîtra dans l’Annuaire avec le récit de ses courses
La séance est levée à 10 heures [même l’élection du Président ne suffit pas à perturber les horaires]
Le secrétaire-archiviste
Bon A. de Saint-Saud 

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Séance du 23 février 1877

Présidence de Mr Fr. Schrader

La séance est ouverte à 8 heures ½ par la lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est ensuite adopté.
Membres présents
MM Schrader, Gide, Bernard, de Brézetz, Brulle, Daviaud, Deloynes, Forst, Gachassin-Lafite, Lourde, Morel, Tisseyre, de Saint-Saud [le secrétaire a toujours la discrétion et la modestie de se mettre en dernière position de la liste]
Excusés MM. Henri et Paul Dagassan, Kowalski
Admission de Mr Escaraguel [les voilà 60]
Monsieur Arthur Escaraguel, allées de Tourny, présenté par MM. Gachassin-Lafite et de Saint-Saud, est admis à l’unanimité [toujours le double parrainage et un étrange vote ; ils habitent tous dans un petit périmètre]

La correspondance
- une lettre de la Direction Centrale, relative  au dernier Bulletin de 1876 que  nous avons reçu ces jours-ci.
- une lettre de la Section de Lyon disant qu’un foulard aux insignes du Club a été confectionné à Lyon, [tiens, tiens, nous avons récemment fait fabriquer de fort seyants «buffs» et t-shirts ; les modes changent] et qu’elle en  tient à la disposition des membres au prix de 5 francs [les nôtres sont moins chers] Mr de Saint-Saud a rapporté du congrès d’Annecy un des foulards en question, il le montre aux membres présents [leur a-t-il plu ?]

Dons
Les dons consistent dans
- un n° du Pilote d’Alger annonçant la formation d’une Section en Algérie.
- les n° derniers de L’Exploration donnés par Mr. de Saint-Saud [chercherait-il à s’en débarrasser ?]
- une carte des vallées d’Entremont et de Ferret
- une carte du Massif du Muveran, offertes par le même.

Lettre de Mr J. Maumus  relative à son ascension au Pic d’Enfer
Monsieur le secrétaire [il parle de lui-même à la 3e personne, comme Jules César et Alain Deloin] donne lecture d’un lettre M. Justin Maumus, de Mirande, membre de la Section, relatant une excursion fort intéressante au Pic d’Enfer, qu’il a faite cet été. Notre collègue donne des indications précises sur le chemin qu’il a parcouru, avec retour ; chemin autre que celui indiqué dans les guides Lequeutre et Joanne [quelle insolence !].
Monsieur Lourde qui a fait en compagnie de Mr Wallon [explorateur des Pyrénées espagnoles ; le refuge du Marcadau porte son nom] cette même excursion deux jours après Mr Maumus, dit que les détails sont exacts, mais qu’il ne croit pas que Mr Maumus ait atteint la plus haute cime. [On court à l’incident diplomatique ; effectivement le pic d’Enfer a deux sommets] La lettre se terminant par la recommandation de guides à Cauterets.
Sur ce point et sur cette lettre, une discussion s’engage entre MM. Schrader, Bernard, Lourde, Brulle et de Saint-Sud qui ont parcouru les environs de Cauterets. [Surchargé : «qui ont parcouru les environs de Cauterets» ; attention, on est en terrain miné, les susceptibilités sont à vif] Quant à la lettre, nous l’enverrons telle quelle à la Direction Centrale, pour son Bulletin, en lui laissant le droit d’en extraire ce que bon lui semblera. [C’est plus prudent, en effet]

Léonce Lourde-Rocheblave, assis près de l'entrée de la villa Russell au Vignemale (Wikipédia)

La première "collective"

Départ de Mr Schrader, renouvellement prochain du bureau
L’ordre du jour appelle nomination d’un vice-président : Mr Schrader alors nous annonce, avec regrets, que la Section partage, son départ prochain [déjà ! trois présidents en moins d’un an ; c’est une demi-surprise : Schrader a une envergure nationale] pour Paris, il pense qu’il vaudrait mieux renvoyer la nomination des membres du bureau à une prochaine séance. Cet avis est adopté d’ici la prochaine réunion nous devrons tous faire des efforts pour procurer des adhérents [comment concilier cooptation et recrutement ?] pour compenser le vide causé par le départ de MM Luuyt, Schrader et Baysselance, car notre vice-président est sur le point aussi de quitter Bordeaux [lui aussi ! partir pour mieux revenir] : malgré la peine que nous causent ces départs, il ne faut point nous laisser abattre, nous devons au contraire y trouver une nouvelle force pour recruter autour de nous [c’est bien «autour de nous»] des membres nouveaux.

Caravane
Relativement à une caravane pendant les vacances de Pâques, Mr le Bon de Saint-Saud s’est enquis des intentions de la Sté de Géographie Commerciale ; il lui a été répondu à la dernière réunion de cette Société, qu’elle serait fort heureuse de faire une ascension avec  nous [il s’agit d’un projet en commun],  de la prévenir de nos intentions, mais à la condition que la durée du voyage ne fût que d’un jour.
Buts 
Différents points de promenades, entrant dans ce cadre restreint sont examinés ; les bords du Ciron, la Pointe de Grave, les dunes du Sémaphore d’Arcachon. Mais après une courte discussion ils sont rejetés, comme n’étant pas précisément dans le but du Club Alpin ; du  reste, un seul jour d’excursion, ce n’est pas assez. Nous préviendrons la Sté de Géographie. 
La caravane aura lieu aux environs de Bayonne.
Et sur la proposition de Mr de Saint-Saud, il est décidé à l’unanimité qu’une excursion aura lieu la semaine de Pâques, dans les environs de Saint-Jean-de-Luz, la Rhune et Guétary [c’est l’ancêtre de nos « collectives »] un itinéraire plus complet et détaillé devra être soumis à la prochaine réunion, et d’ici là on devra trouver le nombre d’adhésions nécessaires à l’exécution du projet arrêté.

Abri du Mont-Perdu
500 fr. de la Direction Centrale [mais puisqu’on vous avait dit d’abandonner !]
Mr le Président arrive de Paris, où il a été en rapports fréquents avec la Direction Centrale, qui voit avec plaisir nos progrès naissants. Il a appris qu’une somme de 500 francs avait été votée par elle, à notre Section, pour un abri au Mont-Perdu, sur la demande du comte Russell-Killough, qui s’est présenté comme notre délégué. On demandera l’envoi le plus prochain de cette somme qui nous appartient, et pour laquelle on s’entendra à l’été sur place, la question est et demeure ouverte jusqu’à la pose de la première pierre [«déblaiement du premier rocher» serait plus approprié]. A ce sujet Mr Lourde-Rocheblave [futur architecte de refuges maçonnés en ogive] fait examiner un projet d’abri-grotte, avec système de filets  servant de hamac fort ingénieux.

Podomètre et appareil photographique de poche de Mr de Brézetz
Mr de Saint-Saud montre un podomètre, et Mr de Brézets, un appareil photographique, dit de poche, et vraiment montagnard, pouvant, suspendu comme une lorgnette dans un très petit étui, se transporter sur les plus hauts sommets, avec plaques sèches [l’alternative est un enduit humide], et d’une légèreté très grande. Mr le Président le remercie de sa communication.

Rapport de l’archiviste
Mr le secrétaire-archiviste lit un rapport sur l’état de nos archives, il dit que la croissance rapide du Club Alpin doit nous encourager, et rappelle que les dames elles-mêmes sont les bienvenues [non, en fait c’est la première fois que c’est mentionné ; quel est le rapport avec les archives ?]. Nous possédons les bulletins de quelques sections, quelques cartes et l’ouvrage magnifique sur les glaciers de Mr Dollfus-Ausset qui fera l’objet d’un rapport spécial. Mr le Président adresse ses remerciements à Mr de Saint-Saud pour le zèle et l’activité qu’il déploie pour la Section ; Mr de Saint-Saud en rapporte une partie à Mr Gide, qui veut bien s’en occuper à lui seul pendant l’été.
La séance est levée à 10 heures
Le secrétaire-archiviste
Bon A. d’A. de Saint-Sau

Ordesa, Aquarelle de Franz Schrader Ordesa, Aquarelle de Franz Schrader

Séance du 16 mars 1877

Présidence de Mr Schrader

La séance est ouverte à 8h ½ par la lecture du procès-verbal de la dernière séance, qui est adopté.

Membres présents
 MM. Schrader, Baysselance, Gide, Rosset, Bernard, Brulle, Delpech, Deloynes,  Johanneton, Gachassin-Lafite, Lanusse, Levillain, Lourde-Rocheblave, de Saint-Saud,  Montigny-Faye, membre de la Section de Toulouse

La correspondance
- une lettre de la Direction Centrale qui répond qu’elle  ne pourra nous donner les 500 francs votés pour un abri au Mont-Perdu que dès que le projet aura reçu un commencement d’exécution. [Russell en raconte les péripéties dans les Souvenirs]
-
de Mr. Baysselance, qui n’est éloigné de Bordeaux que pour un peu de temps, et qui ne quittera pas cette ville. [Ouf !]
- d
e Mr le Cte Russell-Killough, en ce moment à Dublin, acceptant de faire partie de notre section, et se défendant d’avoir pris de lui-même le titre de délégué de la Section du Sud-Ouest que la Direction centrale lui a attribué à tort. [On ne prête qu’aux riches : Russell était plutôt intrusif dans ses rapports avec l’administration].
-des lettres de MM. Léon et Lalande relatives à leur admission. De MM. Delpech et Maumus espérant pouvoir se joindre à l’excursion. De M. le capitaine de l’Etat-Major, Gaudelier ; cette lettre adressée à Mr Bernard, relate une excursion intéressante faite par cet officier à la Maladetta en juin 1869.

Dons 
Mr Terpereau, photographe, offre à la Section une belle photographie de la gare de Saint-Jean-de-Luz et la Rhune, ainsi qu’une notice sur son laboratoire de campagne [qui permet de tirer des clichés en extérieur] des remerciements lui sont votés. Mr le maire de Cauterets a envoyé le règlement des guides de cette ville, qui sera communiqué à la Direction Centrale. [Une réglementation s’imposait ; c’était un peu l’anarchie dans les principales villes thermales, Luchon et Cauterets] 

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La première femme du club

Feuillet imprimé et découpé, collé à la suite ; il s’agit d’un exemplaire d’une circulaire envoyée à tous ses adhérents.
Nominations dans le bureau. Vote sur l’admission de MM  [et Madame], qui sont reçus à l’unanimité :
Alauze (Henry), avocat, rue Ferrère, 60, présenté par MM Deloynes et de Saint-Saud
Blaquière (Alphonse), architecte, rue Hustin, présenté par MM. Tisseyre et de Saint-Saud
Bonneval (comte Roger de), rue Esprit-des-Lois, 4, présenté par MM. de Saint-Saud et de Brézetz
Boutan (Edmond), ingénieur des mines, rue Rodrigues-Pereire, 10, présenté par MM. G-Lafite et Levillain
Calmon (Georges), substitut du Procureur-Général, rue du Cancera, 47, présenté par MM. Gachassin-Lafite et Levillain
Compans (Alexandre), rue Notre-Dame, 3, présenté par MM. Deloynes et de Saint-Saud
Guilhemanson (Pierre de), rue des Trois-Conils, 57, présenté par MM. de Saint-Saud et de Sauvagnac-Rabar
Lalande (Adolphe), quai des Chartrons, 72, déjà inscrit à la section de Paris [les Lalande sont une grande famille bordelaise]
Larronde (Eugène), négociant, rue Vauban, 9, présenté par MM de Saint-Saud et Redon
Larronde (Madame E.), rue Vauban, 9, présentée par MM. de Saint-Saud et Redon [la première femme ; voilà pourquoi il fallait «rappeler» que les dames étaient les bienvenues]
Léon (Anselme), négociant, rue Fondaudège, 22, présenté par MM G.-Lafite et de Saint-Saud
Léon (Joseph), cours du Chapeau-Rouge, 11,  présenté par MM G.-Lafite et de Saint-Saud [des « équipes » de présentateurs sont constituées]
Richard (A.), ingénieur civil, cours du XXX-Juillet, 26, présenté par MM G.-Lafite et de Saint-Saud
Rozier (Ferdinand), rue Saint-Thomas, à Libourne (Gironde), présenté par MM de Saint-Saud et Brulle [à cause de Libourne]
Terpereau (A.), photographe, cours de l’Intendance, 29, présenté par MM. Schrader [passionné de photo] et de Saint-Saud
[15 nouveaux adhérents en une fois, record battu ; ils sont 75]

Ascension de la Maladetta par Mr Bernard. Publication d’un bulletin. Question du local. Abri du Mont-Perdu. [Ils sont incorrigibles] Caravane pendant les vacances de Pâques, modèle d’itinéraire proposé par Mr Montigny-Faye
Note importante.
Cette excursion, organisée par la Section, aura lieu aux environs de Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, la Bidassoa, la Rhune.
Vous êtes prié, si vous désirez en faire partie, d’envoyer cette adhésion à Mr A. de Saint-Saud (52, rue du Cancera), avant le 22 mars. Sitôt après ce jour, une réunion des excursionnistes aura lieu, pour régler la durée du voyage (5 jours environ), et l’itinéraire définitif. [Vous n’avez pas fini de voir à quel point c’est compliqué d’organiser des collectives !]

H. Russell-Killough, rue Montpensier à Pau, déjà membre de la Section de Paris
Le secrétaire,
Bon A. de Saint-Saud

Nouvelle composition du bureau
Monsieur Franz Schrader annonce officiellement son départ pour Paris, qui est la cause de changements à effectuer dans le bureau. Il propose une nouvelle composition du bureau avec deux administrateurs, vu le nombre croissant des membres. M de Saint-Saud demande que M. Schrader soit conservé au bureau avec le titre de délégué à la Direction Centrale, et Mr Bayssellance demande en outre qu’il y figure comme notre président honoraire : cela est adopté à l’unanimité ainsi que la nouvelle composition du bureau qui est ainsi constitué [on retrouve l’essentiel des Membres Fonfateurs]
MM Franz Schrader, Président Honoraire et Délégué à la Direction centrale
Bayssellance, ingénieur de la Marine, Président
Bernard inspecteur principal à la Cie du Midi, Vice-président
Gide, professeur agrégé à la Faculté de Droit, Vice-président
Bon A. d’A. de Saint, avocat, secrétaire général
Rosset, notaire trésorier
Tisseyre, négociant, trésorier
Levillain, Professeur jà la Faculté de Droit, administrateur
de Brézets, membre de la Société de Géographie, administrateur

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La séance continue sous la Présidence de Mr Bayssellance

Question du local
Mr de Saint-Saud [C’est le plus politique et le plus diplomate] raconte qu’il était entendu avec la Ligue de l’Enseignement et la Société des Architectes, qui recherchent aussi un local, pour en prendre un en commun, rien n’a pu être trouvé, et Mr le secrétaire demande qu’on laisse au bureau toute la latitude nécessaire pour traiter cette question-là. [Apparemment le local prestigieux des allées de Tourny n’a pu être conservé] La Section interrogée accorde la permission demandée, et après avoir consulté Mr le trésorier, elle pense que nous pouvons donner 10 à 150 francs de loyer, sans compter les dépenses indispensables à cette installation.

Bulletin
Relativement au Bulletin, Mr Deloynes propose que les procès-verbaux des séances soient imprimés et envoyés chaque mois aux membres, avec des détails étendus relatifs aux excursions ou ascensions. Les récits ou notes locales ne feraient pas double emploi avec le Bulletin trimestriel de Paris. [Voilà qui est bien ambitieux et coûteux] La création d’un Bulletin est adopté en principe, mais il faut le créer le plus économiquement possible [plus d’un an s’est écoulé depuis la fondation du club] Quant à sa publication, son format, l’époque de son impression, après une courte discussion, sur la proposition de Mr le Président, il est décidé que la question sera étudiée plus à fond par le bureau, pour la prochaine séance.

Abri du Mont-Perdu, [Je renonce] et amélioration des Rochers Blancs
[secteur réputé dangereux, surtout par temps de brouillard, qui mène au Petit Astazou et au Mont-Perdu par le col d’Astazou ; pour le Mont-Perdu, l’on passe généralement par la brèche de Roland ou la la brèche de Tuquerouye, plus difficile]
Relativement à l’abri du Mont-Perdu, le Secrétaire général rappelle la réponse de la lettre de la Direction Générale ; Mr Schrader propose en outre d’améliorer le passage difficile des Rochers Blancs, près de Gavarnie. Adopté. Mr Faye demande si cela est du domaine de notre section, on lui répond que le champ d’études ou de courses des Sections n’a pas de limites ; mais que du reste on sera toujours très heureux de s’entendre avec la  Section de Toulouse. [Toulouse réserve sa décision]

Excursion à Pâques ; modèle d’itinéraire proposé par Mr Faye
Mr. Montigny-Faye membre de la Section de Toulouse, nous lit un modèle d’itinéraire à Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, Fontarabia, la Haya [que nous appelons « Les Trois-Couronnes », et les Luziens, « La Femme Couchée », à cause de son profil], le Choldocogagna, l’Urlepo, la Rhune, Sare, le Pas de Roland et Cambo. Des remerciements sont adressés à notre collègue pour son obligeance et son itinéraire fort bien fait. L’excursion aura  lieu  à Pâques de concert avec la Société de Géographie Commerciale.

Ascension de la Maladetta par Mr Bernard
La séance est terminée par la lecture que nous fait Mr Bernard, vice-président, d’une ascension très intéressante [elles le sont toutes] à la Maladetta qu’il a exécutée l’été dernier avec sa famille. Ces notes avec l’itinéraire de Mr Faye feront le fond de notre prochain  bulletin. [quand il paraîtra]
La séance est levée à 10h ¼ [belle régularité !]
Le secrétaire général
Bon Ay. de Saint-Saud

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Séance du 20 avril 1877

Présidence de Mr. Bernard, vice-président

Membres présents
MM. Bernard, Gide, Rosset, Tisseyre, Levillain, Jacquemart, de la Section de Paris ; Alauze, Brulle [le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas la fibre administrative], Deloynes, Delpech, Johanneton, Lacotte-Minard, Lanusse, Saint-Léon, Lewden, de Saint-Saud
La correspondance contient différentes lettres dont
- une de M. Luuyt, notre ancien président
- de M. Baysselance, s’excusant de ne pouvoir assister à la séance
- du Président et du Secrétaire de la Société Ramond, exprimant leurs vœux pour notre développement, et consentant à l’échange de leur bulletin avec le nôtre [beaucoup d’associations fonctionnent encore aujourd’hui sur ce système, mais elle ont un coût, celui des exemplaires gratuits offerts en échange] de leur bulletin avec le nôtre
- de M. Maumus qui, malgré le mauvais temps est allé visiter le cirque de Gavarnie pendant les vacances de Pâques [même des visites banales donnent lieu à lecture]

Dons
- Bulletin de la Société Ramond, fascicule de faveur
- Guide Diamant aux Pyrénées d’A. Joanne. Don de M. de Saint-Saud [il doit avoir des doubles]
- Notice sur les variations barométriques, par M. Albert Piche, secrétaire de la commission météorologique des Basses-Pyrénées, à Pau ; don de l’auteur.
Des remerciements sont adressés aux donateurs.

Parrainages
Toujours sur le système du parrainage par deux membres, 10 nouveaux membres sont admis, un record, dont un illustre, Henry Rödel, archiviste adjoint de la Société de Géographie, 31 rue du Jardin Public, qui a sa rue à Bordeaux, près du Jardin Public justement. [Mais pourquoi a-t-il (ou ont-ils) autant tardé ?]
Il est décidé que le Bulletin paraîtra deux fois par an. Le célèbre libraire-éditeur Féret, éditeur d’une mythique encyclopédie des vins de Bordeaux («le Féret», en tout simplicité), est associé aux activités du club.

Les médecins font leur apparition en 1877, avec un temps de retard.

[« Propriétaire » à Libourne ou en Dordogne veut-il dire « propriétaire de vignobles » ?]
10 nouveaux membres, dont 2 femmes qui se présentent individuellement, non au titre d’«épouse de» ; le veuvage vaut émancipation [ce n’est pas moi qui le dis, je le constate]
1. Brachet, Edouard, notaire, Libourne
2. Danglade, Hippolyte, Libourne
3. Dégrange-Tauzin, A., avocat
4. Gilloux, Madame, veuve
5. Gilloux madame, Marie, place Tourny [elles ont la même adresse : mère et fille ?]
6. Lacaze du Thiers, E. de, professeur
7. Laroze, Léon, propriétaire, Libourne
8. Milet, Fernand, greffier en chef, Périgueux
9. Rödel, Henry, archiviste
10. Lanefranque, A. de, imprimeur
Le Bulletin paraîtra 2 fois par an, en janvier et juillet
M. Gide recommande aux membres inscrivant à l’avenir leurs noms sur les registres des diverses localités des pays qu’ils visiteront, d’ajouter le titre de membre de Club Alpin pour nous faire connaître.
Des remerciements sont adressés à MM. Féret pour la réduction de 20% sur la Revue Géographique

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Séances de mai à décembre 1877

22 mai 1877
3 nouveaux membres : 
Duguit Léon, étudiant en droit, Libourne [spécialiste du droit public, un institut de l’université de Bordeaux porte son nom ; patronyme gascon : « guit » = canard, pas très solennel pour une sommité du droit]
Dupuy, Ernest, professeur de rhétorique au lycée à Reims et pendant les vacances à Aire sur Adour
Lanneluc-Sanson, Maurice

Demandes de subsides des sections des Hautes Alpes et de l’Isère pour le prochain congrès : refusées
« Russel » encore écorché avec un seul « l » ; ce n’est pas sérieux !
La direction centrale a envoyé une circulaire relative aux insignes qu’elle veut remplacer ; elle propose un bouton en métal doré ; projet refusé unanimement [le club se rebiffe de temps en temps ; tiens, tiens, ça me rappelle quelque chose !]
Le club vote une participation de 100 francs pour l’amélioration des Rochers Blancs [vieille lune]

15 juin 1877
Admission de 8 nouveaux membres
Annonce de la mort de Cordier sur le glacier des Etançons [drame qui marqua les esprits dans toute la France. Cordier était un grand espoir de l’alpinisme ; proche de Ramond de Carbonnières, il était reconnu même par les Alpins, c’est dire !]
200 francs votés pour l’abri du Mont-Perdu

16 novembre
Bernard quitte Bordeaux pour Toulouse
Lacotte-Minard est décédé
Admission de 4 nouveaux membres
MM. Armaingaud, médecin, Bordeaux ; Paul de Lafitte, Aire sur Adour ; Giresse, Faleyras ; Merman, Maurice, Bordeaux ; l’inscription de ces nouveaux membres ayant été demandée par M. Schrader de la direction centrale, ils sont dispensés des formalités ordinaires de la présentation, d’après un article des statuts [la Direction Centrale impose de nouveaux membres ; « Chez les grands, tout est grand », comme on dit chez moi]

Admissions locales :
J.A. Derals, médecin consultant des Eaux-Bonnes, demeurant à Bordeaux [turbo-doc ; de toute façon, médecin aux Eaux-Bonnes, ce n’est pas un métier]
Le comte de Breteuil, député des Hautes-Pyrénées, demeurant à Paris [un turbo-député, en somme]
Le Club est en pourparlers avec diverses associations afin de trouver un local commun pour améliorer son installation
Les dons se multiplient : 21 en tout

21 décembre 1877
5 nouveaux :
Bazillac, Jean, à Mirande (Gers) 
Sénac (Auguste), avocat à Saint-Médon, près de Mirande (Gers)
Merle, Louis, étudiant
Trincaud-Latour, Emile de, étudiant
Vidal, Georges, professeur agrégé à la faculté de droit
Dont 1  appelé à devenir célèbre grâce au couloir de Gaube, et accessoirement ruiné par son amour de la montagne : Bazillac

Rochers Blancs et Mont-Perdu menés à bonne fin [temporairement !]
Le Bulletin est un moyen pratique d’avoir des adhésions [ils recherchent donc des membres ? ou ils cherchent à les sélectionner ?]
Nouveau Bureau :
Président : Bayssellance
Vice-présidents : Gide, Lourde-Rocheblave
Secrétaire général : Saint-Saud
Trésorier : Rosset
Secrétaire archiviste : Tisseyre [les archives commencent à peser : Saint-Saud a besoin d’aide]
Administrateurs : Levillain, de Brézets [que des noms des tout débuts]

Russell, St Sault et ses filles

Séances de février et juillet 1878

15 février 1878
Le club s’agrandit par les branches latérales, parents et alliés ; les médecins recrutent des médecins, les Palois des Palois, et les médecins palois, des médecins palois :
Decoux-Lagoutte, juge
Degrange-Tauzin Louis, propriétaire à Valence du Gers
Lacotte-Minard Henry
Meuziau, baron, colonel en retraite [le premier militaire]
Monod Frédéric, docteur en médecine à Pau
Communication de Schrader sur la chambre claire ; l’allégement des appareils photo reste une préoccupation


19 juillet 1878
Echanges de publication avec les Clubs Alpins d’Autriche, de Munich [les communications sont maintenues avec les nations ennemies] et de Boston
Démission de Mme Larronde
[déjà ? que s’est-il passé ? son mari reste membre. Elle a été mal reçue ? la rando, c’est pas son  truc ? son mari s’est ravisé ? Pendant de la cooptation, la démission est un acte grave, solennel, qui engage les deux parties ; de nos jours, il suffit de ne pas payer sa cotisation]
Un médecin en appelle beaucoup d’autres, un Gersois recrute autour de lui.
Admissions, arrivée en force des Gersois
1. Barbe, Edouard, conducteur des ponts et chaussées à Valence (Gers)
2. Bedout, Bernard, avocat, Cazaubon (Gers)
3. Bursio, Fernand, rue Hustin
4. Bonnecaze, Eugène, avocat, Mirande,
5. Daney, Alfred, adjoint [comme le stade ; futur maire de Bordeaux]
6. Legendre fils
7. Danglade, Edouard, Libourne
8. Guestier, Gaston
9. Landre, Adolphe, Valence (Gers)
10. Pujos, A., médecin
11. Saint-Saud, vicomte, attaché d’ambassade

200 francs pour l’abri du Mont-Perdu
“Mr Russell sera prévenu”. [il est de fait maître du projet]
La section croit utile d’examiner si un abri ne serait pas utile près du Vignemale, aussi nomme-t-elle une commission élargie d’examiner sur place ce que l’on pourrait faire.
Sont nommés dans cette commission : Bayssellance, de Saint-Saud [il faudra un diplomate pour éviter les conflits], Tisseyre, Danflou, Blaquière [futur architecte], Brulle, Maumus, E. Dupuy, de Lacaze du Thiers, Cte Russell, Lourde-Rocheblave, Wallon, Bernard, Danglade. Ne purent aller visiter les lieux que MM. Tisseyre, Brulle, Blaquière, Danglade, Lourde-Rocheblave, Maumus.
[il ne sera construit qu’en 1899 ; Pourquoi Russell se déplacerait-il ? Il est chez lui]

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Séance du 20 décembre 1878

Le club a obtenu une médaille d’honneur et Schrader une médaille d’argent à l’Exposition Universelle.

Les nouveaux membres sont de plus en plus éloignés géographiquement ; le filon Compagnie du Midi semble épuisé.
Admissions
1. Goy, Pierre, professeur à Sainte-Foy
2. De Laporterie, avocat, Saint-Sever
3. Courtois, Henry, Damazan
4. Mue, H. commis des contributions indirectes, Angoulême
5. P.H. de Lestapis, procureur à Lourdes [famille de négociants bordelais et de militaires béarnais ; Samuel de Lestapis fut député]
6. Jay, Abel
Les pouvoirs du bureau sont étendus ; de nouveaux administrateurs sont nommés : Boutan, Brulle, Degrange-Tauzin, Deloynes, Dupuy, Johanneton, de Lacaze du Thiers, Levillain.
Rapport sur l’abri du Vignemale accompagné du plan de M. Tisseyre. La section ajourne la décision à prendre. [ce n’est que le début des difficultés]
Saint-Saud parle d’un chemin de cheval pour conduire au sommet du Soum de Nère ; on le charge avant de rien décider de s’entendre avec le Syndicat de la vallée de Barèges. Il demande une légère somme pour mettre des barres de fer à l’entrée du glacier de la Munia, cette dépense est jugée inutile. [C’est loin d’être anodin ; l’aménagement de la montagne et son accessibilité est un sujet délicat qui suscite encore de vifs débats]
Brulle, Degrange et Lacaze parlent de l’état déplorable de l’abri du Mont-Perdu. [l’on n’a pas tardé à déchanter, on vous avait prévenus !; Russell n’a pas fait connaître son sentiment : cela ne saurait tarder, et ça va faire mal !]

Toute l’année 1878 passe sans que l’on prenne note de la parution des Souvenirs de Russell ; c’est pourtant un événement.

Guides de Cauteret

De janvier à avril 1879

29 janvier 1879
Boutan, nommé à l’exploitation de chemins de fer de l’Etat à Tours, démissionne des fonctions d’administrateur
Admissions :
Delage-Dumoulin, notaire, Sainte-Foy
1. Delalande Fernand,
2. Duprat Firmin,
3. Gide Madame Charles (Monsieur a fait inscrire madame ; il y a mis le temps]
4. Sorbe, professeur
Lacaussade et Bonneval ont démissionné
On regrette de ne pouvoir accepter l’offre de conférence de Trutat [pourtant une sommité, de Toulouse], les ressources de la Section s’y opposant.

28 février 1879
Démission du docteur Armaingaud
Admissions :
1. Drincourt, professeur au Lycée
2. Guillaud, Professeur à la faculté de médecine
3. Jolliet,  Professeur à la faculté de médecine
L’idée est lancée d’un congrès dans les Pyrénées ; on consultera Toulouse

29 mars 1879
Décès de M. Lanusse
Admissions :
Alicot, Michel, ancien député à Argelès, Hautes-Pyrénées, déjà membre de la Section de Paris
Byasson, docteur M., Paris
Fayolle, comte Gérard de, attaché honoraire [« honoraire », ça veut dire qu’il est vieux] au Ministère des Beaux-arts, château de Fayolle, Dordogne
Lévesque Henri, avocat
Rocca-Séra, Garde-Général des Eaux et Forêts à Lourdes

Revoilà Russell, toujours avec un seul « l » :
Il se montre tout disposé à faire exécuter sous ses yeux les améliorations nécessaires à l’abri du Mont-Perdu.
On décide de ne rien décider.
Dans la fin de sa lettre, M. Russell critique le projet d’abri aux Oulettes, l’Assemblée générale décidera ce qu’il faut faire. [On n’assiste pas aux réunions, et après on s’étonne]
Trutat, peut-être rancunier, ne veut pas du congrès à Toulouse. On consulte Gourdon pour Luchon ou Luz.
On vote 50 francs pour encourager les guides de Cauterets à terminer le chemin du Cabaliros. La somme sera versée quand les travaux seront finis.
On décide d’organiser avec la Société de Géographie et la Société Philomathique une excursion à Pâques sur 5 jours, avec les mêmes étapes que la fois d’avant. L’annonce en sera faite dans les Facultés de Droit et de Médecine.

9  avril 1879
Réunion du Bureau
Démission de M. Decoux
Gourdon refuse d’organiser le congrès à Luchon.
10 inscrits seulement pour l’excursion.

Henry Russell

De février à juin 1880

Réunion du Bureau, 13 février 1880
Admissions
1. Cazalis, Léon,
2. Godchaux Alfred, peintre
3. Harlé, Edouard, ingénieur
4. Noyer, Albert, avocat
Galibert, et le vicomte de Saint-Saud démissionnent
Programme de la réunion du club à Luz
1er jour : Bergons ; assemblée générale, banquet gratuit
2e jours : observatoire du Pic du Midi
3e jour : Gavarnie
La Section vote un budget de 500 francs ; demande de 1.000 francs à la direction Centrale

12 mars 1880, admissions :
Gross, Emile
Arné, Georges

Séance du 18 mars
Discussion du programme de la réunion à Luz présenté par Lourde-Rocheblave, avec les tarifs à payer pour les excursions choisies
Budget total de 1.700 francs

Assemblée générale du 1er juin 1880
18 présents seulement
Russell est chargé de terminer l’abri du Mont-Perdu [il raconte cela dans les Souvenirs]
Le Syndicat de Saint-Savin [près d’Argelès ; très puissant depuis le Moyen-âge, détient les droits sur ce secteur, pourtant très éloigné ; le droit foncier pyrénéen est extrêmement complexe] rejette en l’état le projet d’abri aux Oulettes à cause d’un conflit possible avec le fermier de l’auberge de Gaube [il semblerait qu’il s’agisse d’un autre projet que celui de l’actuel Baysselance, ce pourrait être un projet pour l’actuel refuge des Oulettes de Gaube]
Frossard, président de la Société Ramond présidera le banquet à Luz [Russell avait horreur de ces manifestations]

Allez, courage, il ne me reste plus que 140 ans à couvrir !

Gilles DUVAL
Club Alpin de Bordeaux
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