Carnet de route

Alphabet Oberlandais

Sortie :  Oberland en traversée du 03/07/2016

Le 15/07/2016 par Bernadette Poulou

A comme Alpenrösli, parce que c’est là que tout commence. Alpenrösli, petite rose des Alpes. Hôtel douillet sur le Grimselpass. Le lac, devant l’hôtel, en partie encore pris dans les glaces est vite caché par le brouillard. Chaleur des retrouvailles : les 3 voitures sont bien arrivées, Gilbert et Yves au rendez-vous.

et aussi

A comme Äbeni Flue ! 5h15 - 11h15. 3962 mètres. Magnifique lever de soleil, ciel rouge. Vigilance de nos guides. Bonheur d’arriver au sommet tous ensemble.

Le retour ne manquera pas de piquant ! Nous nous enfonçons plus ou moins dans la neige devenue lourde, plus ou moins,…enfin, n’en déplaise aux susceptibles, question de poids. Ah ! le beau ballet ! Trois grands pingouins avancent tels des jouets mécaniques. L’un d’eux essaie même d’appliquer les lois élémentaires de la physique : avancer à tout petits pas, s’appuyer sur les bâtons pour réduire le polygone de sustentation ! (si j’ai bien compris !)

Bien-être au Hollandiahütte : Suppe, Eier mit Speck, Bier….Sieste et belote…

B comme Bier ! Définition : rituel masculin (comme la toilette pour les dames). Se boit uniquement en fin de course, de préférence sur la terrasse du refuge, visage tendu vers le soleil, sourire aux lèvres. Sorte de communion mystique, état qui n’est pas sans rappeler l’extase.

et aussi

B comme belote ! Autre rituel propre à quelques individus pris de frénésie à la seule vue de cartes. A peine le dîner achevé, ils se regroupent, rient ou se désespèrent, poussent des cris inquiétants dans des disputes ésotériques. Etrange communauté, très soudée, où il est souvent question de « revanche », communauté observée avec perplexité par le reste du groupe…

C comme crevasse. Indispensable de savoir s’en sortir. Encore faut-il s’y entraîner ! Le Grand Hongrois ayant insisté sur ce point, cela nous aura valu 2 séances. Quelques règles de base : 1. Marcher corde tendue, 2. Ne pas se laisser surprendre 3. Avoir des talents de bricoleur.

(J’ajouterais volontiers un 4ème point ! Avoir de la chance et basta !)

Premier entraînement in situ : nous avançons sur le glacier inquiétant et fourbe. Gilbert disparaît brusquement, Bernadette et Catherine réagissent avec toute la force de leurs petits muscles ! Elles sont quasiment sciées en deux, parviennent à peine à respirer. Terrible expérience. Gilbert est bloqué au-dessus du vide mais de là, il parvient à donner des indications (il est très fort notre guide). Faire un corps mort (piolets enterrés de 2 façons différentes, pour plus de précisions, voir les techniciens du groupe). Tracter le gars de la crevasse (pour plus de précisions, voir les techniciens du groupe). Ne pas trop rire sinon on perd le gars de la crevasse…

Deuxième entraînement  purement théorique : en fait, faut être bon en physique, c’est une histoire de forces. Là, faut aussi être assez bricoleur. Donc, ça y est vous êtes tombé dans la crevasse mais même pas peur ! Hop, vous avez déjà installé sur le pontet de votre baudrier la poulie miracle (fabriquée au pays de Galles, ils ont des montagnes là-bas ?), un autre petit outil dont j’ai oublié le nom et hop vous vous fabriquez de quoi remonter comme une fleur. Je lève le pied dans la sangle, je tire sur la corde et je progresse rapido-presto vers la sortie. Coucou, c’est moi !

D comme dortoir : si on devait décerner un prix au meilleur dortoir de notre rando ce serait le dernier, celui de Hollandiahütte. Impression agréable d’être dans une petite boîte, à l’abri.

E comme escaliers : 467 marches pour accéder au Konkordiahütte ! 467 marches d’escaliers métalliques, une seule rampe côté vide, encore heureux ; rien de l’autre côté, le rocher à 60 ou 80 cm doit faire l’affaire. Un coup d’œil aux anciennes installations en bois rassure. Les escaliers en métal ont l’air plus solides. Si monter demande encore un peu de résistance musculaire et de souffle, la descente nécessite attention. Encore que… L’un d’entre nous, dont je tairai le nom pour ne pas porter préjudice à sa vie de couple, sans doute enivré par l’air pur, déclare : « Idéal pour voir sous les jupes des filles ! » Encore un amoureux du vent fripon cher à Brassens ou de la mélodie de Souchon !

Remarquez, on ne voit plus guère de filles en jupes sur les glaciers. Un nostalgique du XIXème ?

F comme Finsteraarhütte. Le refuge est perché au-dessus des rochers. Deux itinéraires possibles pour y parvenir. Grimper par les rochers, choix de Yves. Monter par la neige, choix de Gilbert. D’en haut nous parvient une voix forte et autoritaire ! Non, il ne faut pas monter par là… Le Moustachu, après quelques échanges, obtempère. Dieu merci ! En haut, nous verrons les plaques de neige prêtes à s’effondrer.

G comme Gilbert, encore appelé Le Moustachu. Long et mince. Vit frugalement en montagne. Homme orchestre. Guide avant tout. Comédien, penseur (cf. Territoire), traducteur. Fait de fréquents arrêts pour marquer son territoire à moins que ce ne soit un souci lié à l’âge.

et aussi

G comme Grünegghorn : jour 3. L’étape s’annonce courte. Pourquoi ne pas faire un sommet au passage ? D’abord, s’engager sur des pentes raides, histoire d’entraîner ces petits joueurs. Ensuite, viser le col d’où l’on pourra accéder à la crête terminale. Pfff, c’est haut = motivation du groupe ! On s’installe dans une combe idéale pour un repas rapide, et pourquoi pas une sieste ? Quatre courageux partiront avec Gilbert et Yves, passeront la corniche et reviendront heureux d’avoir insisté !

H comme Hollandiahütte perché 60 m. au-dessus du col Lötschenlücke à 3235m. La première construction date de 1903 : le jeune Egon von Steiner se tue au Balmhorn. Il laisse 15 000 Francs au SAC (CAF suisse) pour construire un abri. Un deuxième legs de 25 000 francs, en 1931 d’un alpiniste hollandais permet d’améliorer l’accueil des skieurs surtout. Et voilà l’origine du nom… (source : récit de Christiane, qui le tient de Gilbert)

I comme inoubliable ! Qui avait dit qu’il faisait rarement plus de trois jours de beau temps dans l’Oberland ? Grand beau pendant une semaine !

J comme Jungfrau. Contemplée depuis la terrasse du Konkordiahütte, nous l’avons vue de plus près encore du sommet de l’Äbeni Flue, à peine 196 m au dessus de nous. Plus inquiétante, peut-être à cause du ciel qui noircissait et nous poussait à ne pas nous attarder.

K comme Konkordiaplatz. Pas d’obélisque, pas de grandes bijouteries mais un espace magique, confluence des quatre grands glaciers venus d’Aletschfirn, Jungfraufirn, Ewigschneefäld (glacier très crevassé que l’on apercevait sur notre droite depuis le refuge1) et Grüneggfirn (sommet célèbre sur les pentes duquel quelques uns sont allés traîner leurs guêtres2). Vaste zone plane d’environ 1km 5, la glace peut y atteindre 900m d’épaisseur. Le nom de Konkordiaplatz a été donné par un alpiniste anglais, John Frederick Hardy qui n’a pas résisté à la satisfaction d’étaler sa culture latine : Konkordia, au sens étymologique signifie « avec cœur ». C’est aussi le nom de la déesse romaine qui veille à l’accord, la compréhension et l’harmonie dans le couple. Peut-être avait-il besoin d’elle pour se faire pardonner ses escapades en montagne ? Merci Monsieur Wiki pour ces renseignements.

L comme Lötschental. Dernière étape, nous empruntons l’un des bras du glacier qui commence au col de Lötschenlücke. Noyé dans le brouillard, le paysage se révèle peu à peu avec l’apparition du soleil. La mer de glace s’arrête à 2500m où elle donne naissance à la rivière Lonza que l’on traverse sur une passerelle de bois. Les crampons sont rangés, on file le long de la moraine. Le groupe semble pris de frénésie ! Certes, nous devons prendre un bus … adieux sapins et prairies fleuries ! Il faut rattraper le groupe. Pas question de s’attarder ! Et pourtant, quand on se retourne, on aperçoit encore, très loin le petit refuge Hollandia perché sur son rocher. Fafleralp, son bus jaune, ses masques de Carnaval, les Tschäggätä. Un dernier coup d’œil vers la montagne. C’est fini.

M comme Monsieur le Comptable. A peine sommes-nous arrivés au refuge que déjà il s’inquiète. De nos couchages. De l’heure du repas. De l’approvisionnement en eau. Bref, de notre confort. Le dîner à peine achevé, il est au boulot : il transporte avec lui un fichier Excel tenu avec grand soin. Aligne les chiffres. Ajoute, soustrait, multiplie, divise. Vérifie et vérifie encore. S’inquiète des guides qui ne mangent rien. Dans un grand soupir annonce la douloureuse. Accompagne chacun dans le règlement, récapitule avec la gardienne du refuge (de préférence). Se montre d’un scrupule qui lui fait honneur. Merci Monsieur le Comptable !

N comme névé. Si les glaciers dissimulent avec soin leurs sombres crevasses, la neige qui les recouvre montre un charme certain. L’alternance chaud/froid a sculpté de jolies petites cavités : bref, on marche sur des boîtes à œufs (vides of course) : on se tord les pieds à chaque pas. Marcher dans le creux : trop petit, il s’effondre. Marcher sur la crête : le crampon en équilibre pointe tantôt en avant, tantôt en arrière. Le résultat est le même, on se tord le pied. Qui pourra dire le bonheur d’aligner des kms de glacier ?

O comme Oberaarhütte. La route est longue : d’abord emprunter la jolie petite route qui monte au barrage, assez large pour y cheminer à 2 ou 3 de front, c’est bien pour papoter. Le chemin se resserre sur le bord de l’Oberaarsee. Arrivés sur le glacier, premières cordées sur l’Oberaaargletscher. Pour accéder au refuge : se servir d’abord d’une corde puis après quelques pas sur le rocher, grimper une échelle, se glisser sur une étroite galerie couverte pour se protéger des chutes de pierre mais pas de la cascade bien fraîche !

P comme pipi. Pipi de dames/pipi de garçons. Grande injustice devant l’Eternel !

Les uns font à peine un quart de tour sur la cordée, d’un geste leste se déboutonnent, admirent le paysage tandis qu’ils se soulagent, d’un geste leste secouent les dernières gouttes et hop le tout est remballé, vite fait, bien fait. Chacun à son rythme, affectant la majesté qui convient à la situation.

Les autres annoncent à l’avance le souhait de trouver un endroit « tranquille ». S’y rendent en groupe, envie ou pas. Profitent de l’arrêt qui ne se renouvellera pas de si tôt ! Quittent la cordée avec précaution. Se déharnachent : baudrier, pantalon. Se gèlent les fesses. Se réharnachent. Rejoignent la cordée qui déjà s’impatiente….

C’est long les filles !

Q comme boules Quiès. Equipement indispensable du dormeur. Roses au début, elles s’assombrissent au fil des jours mais restent efficaces. Une fois réchauffées dans le creux de la main, se glissent dans l’oreille qu’elles adoptent. Lent glissement vers le sommeil, silence. Par contre ne couvrent pas le crissement des poches plastique. Une commission sera prochainement nommée pour étudier la suppression des poches plastique dans l’équipement du randonneur.

R comme refuges : perchés, ils se méritent ! Tout en contrastes. Accrochés à un bout de rocher, ils étonnent par leur côté douillet. Petits rideaux de dentelles, mais filet d’eau pour la toilette. L’eau y est plus chère que la bière. Difficiles d’accès mais salade fraîche au dîner.

S comme sandwich mit Salami oder mit Käse ? Parlant de fromage : rien ne vaut le beaufort amené par Yves !

T comme territoire. Premier soir, à table. Discussion. Quelqu’un s’adresse à Gilbert : « Votre territoire, à vous les guides, c’est la montagne. 

- Mais non ! Pas du tout ! Pas de comparaison possible avec la vie animale. D’accord, le renard définit son territoire en le marquant pour y faire vivre sa femelle et ses petits. Mais nous, notre territoire, ce n’est pas le lieu, c’est vous qui y venez. C’est vous, notre territoire ! Que viendrions-nous faire ici si vous ne veniez pas ? »

Un temps de silence, les méninges travaillent. Wiener Würstchen, Kartoffeln und Sauerkraut arrivent…

Pour poursuivre la réflexion3

et aussi

T comme thé de marche : grande méfiance au début. Boire du thé froid, toute la journée… En fait, délicieuses infusions de plantes rafraîchissantes.

U comme Unesco. Konkordiaplatz est un site inscrit au patrimoine mondial de l’humanité en 2001 (53 900 ha) étendu en 2007 à 82 400 ha. (demandez à Wiki)

V comme vent. Elles sont deux sur la terrasse de l’Oberaarhütte, tranquilles. Chacune son petit carnet : l’une pour ne rien oublier de la journée, l’autre, contrainte et forcée, pour rédiger ce que vous êtes en train de lire. L’une et l’autre s’entraident. C’est beau la solidarité féminine…Elles ont sous les yeux les cartes correspondant aux 5 journées. Soudain, un coup de vent ! L’une des feuilles s’envole et s’accroche plus bas dans les rochers. Comment annoncer la perte de la carte des 2 prochains jours au propriétaire ? Comment va-t-il réagir ? Angoisse… Mais notre Moustachu bien aimé qui dort sous la table (oui, sous la table) nous a entendues. D’un bond, il se lève, enfile ses chaussures, s’encorde, demande à (à qui déjà ?) de l’assurer, descend dans le vide et récupère notre carte…

W comme wagon OUF ! on l’a attrapé de peu ce train pour Brig ! Nous avons même porté atteinte à la célèbre ponctualité suisse en bloquant les portes du train pour l’empêcher de partir avant que tous soient dans le wagon ! Ach ! Fichus Français !

X reste l’inconnu(e). Difficile d’en parler.

Y comme Yves. Surtout connu comme chevalier servant de Dame Michèle. Long et mince. Vit frugalement en montagne. Attentif, discret, a su s’intégrer dans le cercle fermé des joueurs de belote, preuve d’un grand sens de la diplomatie. A conduit sa cordée avec talent : elle a démarré doucement, a accéléré tout du long et a fini au sprint ! Bravo.

Z comme Zermatt, pour moi. Comme une revanche sur la haute route Chamonix-Zermatt interrompue au bout de 2 jours voilà 4 ans. Parce qu’il y a un avant et un après Zermatt et que je suis formidablement heureuse de vous avoir retrouvés !

(B. Plume)

 

1 Note de la rédactrice

2 Note de la rédactrice qui aurait bien aimé se joindre à eux mais a préféré faire la sieste au soleil.

3 www.publications-sorbonne.fr/resources/titles/28405100033420/extras/introduction.pdf

 







CLUB ALPIN FRANCAIS BORDEAUX
96 COURS DE LA MARTINIQUE
33000  BORDEAUX
Contactez-nous
Tél. 05 57 87 66 66
Permanences :
merc 18:00-19:30 jeudi 18:30-20:00
Agenda