Carnet de route

Tour Fiz-Aiguilles Rouges

Le 15/08/2018 par Emgé

9 au 14 juillet 2018

A Jean-Michel Ohrensstein "Magnum", l'inspirateur de cette randonnée, contraint de renoncer pour des problèmes de santé et qui nous aura beaucoup manqué.

Prologue

Cette randonnée d'été avait été initialement programmée en 2017. Un arbitrage, dont on pourra dire qu'il était peu judicieux, l'avait transformée intégralement et affadie. Ce grain de sel n'en aura donné que plus de saveur cette saison.

Ont participé à ce tour : Rodolphe Carré, Jean-François Hoffmann, Danièle Parisot, Marie-France Vincent et l'auteur de ces lignes. Anne-Marie, la maman de Matthieu Poudelet notre guide, nous accompagnait en guest star.

Lundi 9 juillet.

Refuge de Varan. Andante moderato

Après avoir passé la nuit de dimanche au refuge CAF du Tour - bonne table, mais ambiance de gare - notre groupe rejoint au Fayet Matthieu qui va nous conduire vers les sommets d'effort et de ravissement. Nous faisons connaissance d'Anne-Marie, sa maman, petit bout de femme, menue, tonique et, cela se révélera bientôt, très rapide sur les sentiers qui montent.

Nous partons du parking des chalets du Grand Arvet que nous avons gagné en voiture par une route forestière scabreuse et défoncée qui ne rend rien à une piste africaine. Gloire à la DDE !

La montée vers le refuge de Varan où nous ferons halte ce soir est soutenue et les lacets s'enchaînent de manière rapprochée pour une mise en jambes sans concession. Providentiellement, nous cheminons en forêt et les épicéas nous protègent de l'ardeur du soleil. Passé Lachat d'en Haut, quand nous débouchons sur une crête d'alpage où nous faisons la pause repas, nous avons gagné un air plus frais et agréable. Premier panorama sur le Mont-Blanc, angle Nord-Ouest. L'Aiguille du Midi se détache nettement et ne semble pas collée au fond du tableau comme depuis Chamonix. Nous apercevons au loin Bellevue et la ligne du col du Tricot où nous avons marché l'an dernier. Après le repas, la montée vers le refuge est rapide et nous y arrivons tôt dans l'après-midi. Le refuge de Varan, bien qu'accessible en 4x4, est intime et chaleureux. Perché au bord de la pente, il domine Sallanches, Saint-Gervais et d'autres bourgades industrieuses. La nuit, lorsque les lumières de la ville s'allument, on se croirait en avion. Quoique modeste, Varan offre tout le confort moderne : lits en vrai bois d'arbre, électricité solaire et, suprême raffinement, un complexe balnéo-sanitaire en open space paysager avec eau froide courante à volonté dans un grand bassin de pierre. Les WC sont sur le palier, secs et munis d'un écran Full HD sur le Mont Blanc et Bionnassay.

La gardienne est accueillante, souriante et sans façons.

Mardi 10 juillet.

Refuge de Varan, refuge de Sales. Allegro sostenuto

Nous quittons le refuge de Varan et suivons le chemin en balcon de Frioland. Le sentier est roulant. Des ouvriers qui préparent le tracé d'un prochain trail, débroussaillent les bords du chemin et laissent sous nos pieds une jonchée d'herbe onctueuse. Mine de rien, nous dénivelons négatif, et aux chalets de Charbonnière, nous avons perdu toute l'altitude conquise hier. Montagne, lieu de la remise en question où rien n'est jamais acquis. Au-dessus de nous s'élève une paroi infranchissable par laquelle pourtant Matthieu va nous conduire au refuge de Platé. En effet, le chemin emprunte astucieusement les vires d'un goulet très raide, si raide et vertigineux qu'une randonneuse un jour en fut paralysée de peur et ne dut son secours qu'à l'hélicoptère qui fut appelé pour la descendre dans la vallée. Point de ce genre d'émotion dans notre groupe et nous arrivons équanimes au refuge, niché avec quelques autres maisons dans le glacis calcaire, parcouru de lapiaz, du désert de Platé. Première apparition de gentianes printanières. Fleur symbole de la montagne, bleu d'une intensité exceptionnelle (RAL 5010). Rassasiés par le casse-croûte acquis au refuge de Varan et auquel la gardienne avait joint un reblochon entier, nous montons vers le col de Portette (2354 m). Premiers névés et cailloutis. Au col, étroit et venté, une dame bouquetin et son petit nous font une démonstration de leur suprême agilité en descendant droit-devant des barres rocheuses dans lesquelles l'homo sapiens alpinistus poserait a minima une main courante. A la descente, nous passons des névés plus importants et, sous la Pointe du Dérochoir, un chaos de blocs de pierre tellement chaviré qu'il faut parfois mettre les mains pour tenir son équilibre. A main droite, depuis le haut de la crête, la montagne semble avoir été anéantie par une explosion et réduite en poussière. Paysage cataclysmique.

Les messieurs s'accordent un petit détour-panorama en montant jusqu'à l'arête et les dames entament la descente vers le refuge de Sales. Quelques instants après, réunis, nous traversons le Grand Pré, large vallée encaissée, c'est le mot, tant son fond est plat et ses bords verticaux. Après la sauvagerie du Dérochoir, c'est un authentique espace de sérénité. A l'extrémité du val, les chalets de Sales ont un petit air de village du Far-West. Refuge récent et agréable. Fondue savoyarde au menu.

Mercredi 11 juillet.

Refuge de Sales, refuge de Moëde-Anterne. Andante. Vivace. Furioso

Bis repetita. Nous reperdons l'altitude gagnée la veille au prix de rudes efforts. Mais la descente du vallon de Sales est belle. Le torrent s'ébroue en de multiples cascades irisées d'arcs-en-ciel. L'herbe qui couvre les pentes est haute, grasse et dense. Les fleurs à profusion embaument l'air. Lis martagon, trolles, marguerites, anémones et tant d'autres, nous traversons un jardin alpin. A force de descendre, nous touchons le fond de la vallée : parking, voitures, touristes. Même pas 1000 mètres d'altitude et il va falloir remonter. Direction les Chalets des Fonds (1366 m), puis, c'est l'objectif qui a été fixé par Matthieu pour la pause repas, le spot tout là-haut, là-haut, où l'on voit les pylônes qui soutiennent une ligne à haute tension (1848 m). Dans le pique-nique, pour la deuxième fois, il y a des chips.

On repart. Par de vertes croupes herbeuses, nous passons le Petit Col d'Anterne, atteignons le Lac d'Anterne, puis, par des névés, arrivons au Col d'Anterne (2257 m). Depuis le Petit Col, notre progression s'est effectuée sous la barrière imposante des Rochers des Fiz, paroi massive, stratifiée de multiples nuances de gris et d'ocre jaune, rythmée de tours et de dents hérissées, dominatrice. Tout simplement magnifique. Vaut le voyage, dirait Monsieur Michelin à son ami Bibendum.

Bilan de l'étape : 1200 bons mètres de dénivelé. Matthieu en guide avisé avait sû ménager ses effets et sa troupe et garder une certaine imprécision sur les difficultés à affronter.

La descente du col d'Anterne requiert un peu de concentration à ses débuts, puis se montre clémente. A mi-pente, nous rencontrons un bouquetin qui semble garder l'octroi. Tel un douanier, il s'approche, inspecte et laisse passer sans dire un mot. Il n'y a pas de Mèèèèh !

Refuge de Moëde-Anterne où nous allons passer deux nuits. Vieille affaire familiale : le fils ronchonne à l'accueil, maman chevrote à l'office mais se montre attentive et prévenante. Au vu de l'emplacement et du potentiel, certains d'entre nous spéculent sur les transformations du refuge et sur une gestion rénovée qui en ferait une affaire en or.

Repas fondue.

Jeudi 12 juillet.

Lac de Pormenaz et Pointe noire de Pormenaz. Moderato cantabile

Après le parcours de la veille, Matthieu a prévu une journée de moindre intensité. Il faut savoir aussi se modérer. Le lever est plus tardif et la mise en route plus nonchalante. Nous allons au lac de Pormenaz qui se trouve à un jet de pierre du refuge et s'atteint par un sentier d'intensité 1 sur l'échelle de Nespresso. Le lac est bleu, le ciel s'y mire, le soleil fait scintiller les friselis de l'onde, c'est beau comme du Trénet. Au bord du lac vaquent des pêcheurs, courent des enfants, méditent des randonneurs. A l'image des coureurs du Tour de France qui roulent même les jours de repos, il nous faut aussi monter un peu, histoire de ne pas se rouiller. Toutefois, la cime choisie est d'altitude tempérée, ne dépassant que de peu celle du col franchi hier. Nous allons donc à la Pointe noire de Pormenaz, à l'exception de Danièle et Marie-France qui, thérapeutique différenciée, préfèrent goûter plus longuement aux charmes du lac. Chemin montant, nous rencontrons un Patou qui assure le minimum syndical : il nous regarde, nous jauge et s'en va. Laxiste, va ! Tes brebis devraient te licencier ! De toutes façons, Matthieu nous ayant expliqué la conduite à tenir face à ces chiens, ses éventuelles tentatives d'intimidation auraient été vaines. Au haut, panorama et nouvel angle de vision sur le Mont Blanc. Sur une randonnée de six jours, d'ouest en est, nous aurons eu une vue en cinémascope du plus haut sommet d'Europe.

De retour au lac, nous trempons nos petons dans l'eau fraîche, cassons la croûte du refuge (tiens, il y a encore des chips, quelle surprise !), puis lézardons au soleil. Et un coup de soleil sur les pieds, un !

La visite d'une ancienne galerie de mine – cuivre et argent – clôt le programme des activités de la journée. Repas du soir : diots-polenta, le second terme de l'alternative culinaire du refuge, puisque nous avons eu fondue la veille.

Vendredi 13 juillet.

Col de Salenton, Mont Buet, refuge de la Pierre à Bérard. Allegro con (un max de) motto

Réveil au clairon, petit-déj’ dans sa version expurgée et de synthèse : Nescafé et Lipton se tiennent par la barbichette. Le temps de prendre les paniers pique-nique (Oh, des chips!) et c'est le départ. Le programme est ambitieux : un col, Salenton, suivi de l'ascension du Mont Buet – dit le Mont Blanc des dames – puis dégringolade sur le refuge de la Pierre à Bérard. Du dénivelé en perspective. Comme il n'y a pas de col sans vallée préalable et que nous étions dans icelle, nous regrimpons. Récompense : le vallon de la Diosaz que nous remontons par le sentier haut de sa rive droite (sens orographique) est alpestre en diable, bucolique, fleuri, parcouru de fraîches cascades, enchanteur. L'âme s'élève et soulage le corps. Reste le sac à dos. Sur la prairie des Petits Plans, des tentes de couleur beige sont alignées au cordeau, comme dans un camp romain. Nous envisageons évidemment la présence de l'armée. Cependant, l'observation des habitants du camp, qui semblent oisifs ou indécis, nous fait plutôt pencher pour des scouts. Le militaire, lui, est toujours actif et en mouvement rapide, surtout chez les chasseurs alpins.

Sous Salenton, le chemin devient caillasse et sur l'autre versant, névé. Cette neige fait renoncer ces dames à l'ascension du sommet que la coutume leur attribue et les messieurs seuls escaladent le Buet. Dommage, c'était faisable sans risque ni difficulté. La présence de névés importants donne à l'ascension un air de course de neige et permet une progression régulière et douce, ce qui est bien agréable, car plus loin la fin du parcours se redresse singulièrement sur un terrain du genre pile d'assiettes.

La montagne appartient à ceux qui se lèvent tôt. En tout cas, ils profitent des meilleures conditions. Au sommet, le ciel est parfaitement dégagé et offre un panorama vierge de nuages sur 360°, peut-être même un peu plus, et comme il n'y a pas un souffle de vent, nous pique-niquons au sommet. Le reblochon de Varan s'est affiné en sac et exprime toute sa puissance ; il héberge désormais quelques habitants remuants, compagnons de voyage. Des ascensionnistes ont apporté au sommet des bouteilles de bière du Mont Blanc qu'ils mettent à rafraîchir dans la neige. Pas nous... Retour au col de Salenton pour quérir les dames et descente. A la neige qui permet de longues glissades, succèdent des rochers moutonnés en bon granite adhérent, puis, in cauda venenum, un chemin très pénible constellé de gros cailloux. L'arrivé au refuge de la Pierre à Bérard, adossé à un énorme bloc, d'où son nom, est un soulagement, voire une délivrance, et la bière et le grand-crème de l'étape sont vraiment de réconfort.

Samedi 14 juillet. Fête nationale.

Village du Buet, col des Montets, refuge du Tour. Largo

Que dire ? C'est la fin du périple. On descend, on se rentre. En chemin, nous croisons Catherine Destivelle, la grande dame de la montagne. Elle ne nous voit pas ; nous respectons son (relatif) anonymat. Dernier paquet de chips et dernière bière à la terrasse du refuge du Tour. Dernier mojito en soirée chez Manoukian. A l'année prochaine.

Emgé







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