Carnet de route

Trek en iran 23 avril au 12 mai 2019

Le 22/05/2019 par Bernadette Poulou

Nos lettres persanes

Hommage facétieux à Montesquieu, illustre bordelais.

« L’art de vivre et l’art de voyager sont le reflet l’un de l’autre. Le voyage est une façon de se découvrir, car tant que tu resteras dans ta boutique ou chez toi, tu ne seras pas vraiment un homme ; pars, fais route à travers le monde avant que n’arrive le jour où tu le quitteras. » Omar Khayyâm

Merci Gérard et Delphine : « La bonté est une graine qui produit toujours des fruits, mais il faut savoir semer cette graine. » Vous avez su semer cette graine. 

Merci Cathy pour ton aide précieuse. Nos conciliabules secrets, un bon souvenir.

Merci compagnes et compagnons de voyage de m’avoir prêté votre plume ! 

29 avril – 13 mai 2019 de notre calendrier

Jean-Louis à son ami Georges, à Saint Loubès.

J’espère que tu n’as pas oublié mon départ en Iran, accompagné de mes onze amis, grâce à Gérard et Delphine. N’y a-t-il pas plus grande preuve d’amitié que leur désir de nous faire profiter de leur découverte ? Quel sens du partage les anime !

A toi qui fus un grand voyageur, j’aimerais confier mes premières impressions. Passons sur le voyage qui se révéla fort long du fait d’un retard d’avion ! Mais à peine avions-nous posé le pied sur le sol iranien que nous découvrions les joies et périls de la circulation dans ce beau pays ! Imagine un flux continu de camions, voitures, mobylettes lancés à toute allure - le prix du litre d’essence est l’équivalent de 3 carambars - et conduire s’apparente à un gymkhana. Prendre des risques en s’imposant mais sans agressivité aucune.

Rachid, notre guide, je t’en parlerai plus tard, nous propose aussitôt une promenade reposante dans le plus beau jardin de Shiraz, Bagh-e eram, le jardin du paradis en persan. Je ne sais pas si elle fut reposante, en tout cas elle fut surprenante ! Quantité d’écoles étaient de sortie et les enfants, tous en uniforme, nous ont accueillis avec un intérêt qui nous fit chaud au cœur. Hello, Where are you from ? sont certainement les phrases les plus entendues ce jour-là ! Sans parler des photos… Et bien imagine, cher ami, que nous avons retrouvé cet accueil tout au long de notre voyage. Jeunes gens, adultes et vieilles personnes nous ont adressé sourires, signes amicaux et nous ont offert l’occasion d’échanger.

Première nécessité : changer nos euros. Nous voilà riches à millions ! Des liasses de billets ont gonflé nos portefeuilles et ont fondu comme neige au soleil… Nous avons vécu sur un grand pied, un pot à 1 400 000 rials puis même à 1 900 000 ! Mais, oubliées les bières ! J’ai bien goûté la bière au citron, à l’ananas, sans alcool bien sûr. Que veux-tu que je te dise ? C’est juste un ersatz de ma boisson préférée ! Je rêve de la première gorgée de bière à mon retour… En attendant, jus d’orange frais, jus de grenade, glaces au safran, à la pistache sont un pur délice.

A bientôt, cher ami, je t’en conterai plus dans ma prochaine missive. 

De Shiraz, le 30 avril 2019 de notre calendrier

Lettre de Cathy à son amie Michèle, à Bordeaux.

Nous voilà à Shiraz, ville des jardins et des poètes. Bassin bordé de fleurs du Bagh-e eram, parfums des orangers du bagh-e Narajestân, jardin des orangers qui porte bien son nom. Le palais du même nom est un éblouissement : la marqueterie de miroirs à la mode qâdjâr est caractéristique de cette époque. Au désir d’impressionner le visiteur sans doute, s’ajoute - m’a t-il semblé - un véritable amour pour la lumière. Cet art de capter la lumière, nous le retrouverons dans les mosquées. Quelle que soit l’époque de construction, elles sont claires et dans une harmonie de couleurs, bien loin de nos églises où l’obscurité le dispute à l’austérité. Les céramiques de couleurs ornées de fleurs, d’oiseaux, de calligraphies nommant le prophète et sa parole sont à mettre en regard de nos tableaux de crucifixion et autres martyrs, Saint Jean Baptiste et sa tête sur un plateau, Saint Sébastien criblé de flèches… Sans préjuger des religions concernées, comparer les lieux de culte ne manque pas d’intérêt…

Mais Shiraz est avant tout la ville des poètes. Que de monde au Mausolée d’Hafez ! De petits groupes assis sur l’herbe partagent un moment de poésie, comme nous l’avons fait, assis à l’ombre d’un mur (il commence à faire chaud !). Maître du « ghazal » il est désigné comme « le pèlerin de l’indicible »….Il chante l’amour, un amour où le divin l’emporte. Je sais que tu t’intéresses beaucoup à ce poète, aussi je te renvoie à un article passionnant1. Autant de monde se presse au Mausolée de Saadi dont les ghazal chantent l’amour physique et mystique. Retenons ces mots :

À chaque instant qui passe, s'exhale un soupir de notre vie. Et lorsque nous nous en avisons, il n'en reste que bien peu. Alors, profitons de l’instant !

Et mieux encore, La joie s'accroît à mesure qu'elle se communique. Voilà qui nous convient !

Ma lettre est déjà longue ! Mais je ne peux la terminer sans te parler des femmes et de leurs vêtements ! Nous imaginions les femmes toutes de noir vêtues, enfermées dans leur burqa. Il y en a, certes. Les autres portent des vêtements colorés, pantalon ou caleçon moulant orné de paillettes, « mantô » qui cache le postérieur mais qui marque bien les courbes, foulard qui glisse sur les cheveux. De l’art de contourner les règles. Imagine la jupe noire transparente sur un caleçon ! Et quel contraste dans le bazar ! Côte à côte, un marchand de burqas et un marchand de sous vêtements affriolants, pour ne pas dire coquins ! Ah ! les femmes ! Vous nous avez enchantées ! Clins d’œil de connivence, gestes discrets pour nous inviter à faire glisser le foulard… Quelle habileté dans la résistance !

Ma prochaine lettre sera moins longue ! 

De Shiraz, le 1er mai 2019 de notre calendrier.

Lettre de Bernard à son ami Antoine, à Pessac

Aujourd’hui nous avons découvert Persépolis. Nous aurions bien eu besoin de tes lumières mon cher Antoine. Personne dans le groupe ne savait qui a gagné la Bataille des Thermopyles  et le nom de Léonidas n’évoquait pour la plupart qu’une marque de chocolats ! Si, si, je t’assure ! Enfin, Persépolis c’est un vague souvenir dans nos lointains cours d’histoire…

Il y fait chaud et pourtant nous sommes à 1770m d’altitude ! Les ruines sont imposantes. Impressionnant, le message actant la fondation de Persépolis, gravé en quatre langues dès l’entrée. Le texte en élamite dit : «  Et le roi Darius proclame : Puissent Ahoura Mazda et les autres dieux me protéger, ainsi que cette citadelle, et ne fassent que tout ce qui a été bâti ici tombe aux mains des malfaiteurs et des mécréants.2 » Persépolis vécut deux siècles avant qu’Alexandre en 330 av. JC n’extermine les habitants et ne pille la ville avant de l’incendier.

Après nous être arrêtés à La porte de tous les peuples, le palais d’entrée qui accueillait les visiteurs, nous sommes restés longtemps dans l’Apadana, palais de Darius 1er, devant ces escaliers où sont sculptées les délégations de visiteurs. Tour d’horizon des peuples assujettis, Arméniens, Lydiens, Egyptiens, Bactriens, Lybiens, tous représentés dans leurs particularités vestimentaires, amenant des cadeaux propres à leur région. Tour d’horizon du monde antique… Leçon d’histoire gravée dans la pierre, témoignage d’une civilisation et d’une culture.

Nous sommes montés jusqu’au tombeau d’Artaxerxès III : dans la religion antique iranienne, (comme le feront plus tard les Zoroastres), le corps ne devait en rien polluer l’air, la terre, l’eau. Aussi, adoptaient-ils le dépôt du cadavre dans un endroit éloigné de la montagne, laissant aux oiseaux le soin de nettoyer les os. Ou bien, pour des personnes illustres comme les rois, la momification était retenue, et le corps placé dans un sarcophage de pierre.

Comme tu le vois, cher ami, ce fut une journée qui nous invitait à la méditation. Comme le disait Saadi : « Ne pleure pas sur les morts, qui ne sont plus que des cages dont les oiseaux sont partis. »

D’Abadey, le 3 mai 2019 de notre calendrier

Lettre de Jean-François à son ami Jean-Luc, à Bordeaux

Pour nous qui aimons les travaux manuels - nos maisons respectives nous ont donné l’occasion de nous exercer au bricolage comme on dit en Occident - les techniques ancestrales de l’Iran forcent l’admiration !

Hier, alors que nous roulions vers Yazd, nous avons fait halte à Abarkuh. Certes le cyprès sacré planté voilà 4500 ans nous a intéressés mais beaucoup moins que la glacière qui se trouve non loin. Imagine que chaque quartier en possédait une ! Bien sûr, nous aussi avons nos glacières (et même à Mérignac). Mais là, le désert autour de la ville… enfin, je t’explique son fonctionnement. Il faut imaginer une tour conique, percée d’un orifice en son sommet. L’intérieur est creusé en profondeur, dimension équivalente à la hauteur, tu me suis ? On accède au fond par un escalier. A l’extérieur, un bassin circulaire l’entoure. En hiver, il gèle dur par ici. Les cristaux sont collectés et stockés à l’intérieur, protégés par de la paille. Et les couches montent. Un préposé gère le partage de la glace… Quelle ingéniosité !

Ce n’est rien à côté des systèmes qui permettent de gérer l’eau. C’est au musée de l’eau à Yazd que nous les avons compris et admirés. Des canaux, profondément enterrés, les qanat, amènent l’eau à des citernes accessibles en descendant des marches d’une telle hauteur que l’on s’est demandé quelle taille pouvait bien avoir les Persans ! Pour conserver l’eau bien fraîche, imagine un système de réfrigération unique, grâce à des tours à vent !

Les tours à vent de Yazd sont célèbres. La plus belle - et la plus haute, 35 mètres - se trouve dans le jardin de Dowlat Abad. L’idéal serait que je te fasse un schéma de cette astucieuse construction, mais je vais essayer de t’expliquer le principe : il existe une importante différence de température entre la paroi extérieure de la tour exposée au soleil et celles qui demeurent à l’ombre ; d’où un choc thermique, d’où des turbulences… A l’intérieur de la tour, l’air chaud, plus léger, s’élève, s’échappe, créant un appel d’air frais qui, plus lourd, se dirigera vers le sol. Pour compléter le dispositif, un bassin d’eau au pied de la tour, filtre les poussières en suspension et participe à l’échange thermique. CQFD ! 3

Tu vois, plutôt que des climatiseurs, voilà l’avenir ! Enfin, c’est ce que dit ma femme Dominique, tu sais qu’elle est écolo dans l’âme…

Yazd, le 4 mai 2019 de notre calendrier

Lettre de Delphine à son amie Sophie, à Mont de Marsan.

J’ai beaucoup pensé à toi durant cette première journée passée à Ispahan, à ton regard d’artiste ! La Place Royale est une merveille d’équilibre, avec la mosquée du sheikh Loftfollâh face au Palais d’Ali Qâpu, la mosquée de l’Imam… édifices majestueux sans rien d’écrasant. Tu verras les photos ! Nous en avons prises depuis la terrasse du palais : de là, le souverain pouvait suivre les matchs de polo qui se déroulaient sur la place (oui, le polo est d’origine persane, comme tout d’ailleurs, d’après Rachid !)

J’ai pensé à toi en admirant les couleurs des céramiques, et surtout les admirables peintures qui ornent le palais Qâpu. Motifs, variations dans les tons, tout est superbe. La salle de musique en particulier est extraordinaire. De minuscules niches faites d’un stuc particulier abritaient des bols de cuivre qui développaient une acoustique parfaite !

Le palais des quarante colonnes (qui n’en compte que 20 mais il faut compter avec le reflet dans le bassin) recèle des fresques représentant de grandes scènes de bataille et surtout, en-dessous, des peintures plus petites, dans l’esprit des miniatures persanes. Finesse, art de la couleur, délicatesse du trait.

En parlant de miniatures ! Nous avons visité un atelier : un visage minuscule - celui du poète Hâfez - est né de quelques coups d’un pinceau très fin, sur 2cm carré tout au plus ! Miniature peinte sur de l’ivoire, très rare de nos jours, de l’os de chameau qui vieillit bien. Déconseillé, le plastique où la peinture s’efface. Nous avons admiré aussi la précision du geste de l’artiste dans un atelier de tissu : des tampons encrés tracent le motif qui sera ensuite comblé au pinceau. En voilà un qui a bien gagné sa journée ! On a dévalisé sa boutique.

Et le marchand de tapis ! Remarque, c’était une halte bienvenue après la visite de l’église arménienne. Hypnotisés par la beauté des tapis venus de différentes régions… Discussion de couples : on prend ? on ne prend pas ? Il faut leur laisser le temps d’imaginer où ira cette splendeur une fois ramené à la maison….

Je dois avouer que j’ai été plus que surprise par l’extrême patience de ceux qui n’achetaient rien. Douce somnolence dans cet univers feutré et chatoyant, comédie subtile entre acquéreur et vendeur…

Mais j’arrête là ma lettre déjà trop longue ! Je t’en dirai plus demain peut-être, si j’ai le temps, sur les merveilleuses soirées d’Ispahan ! 

D’Ispahan, soir du 5 mai 2019 de notre calendrier

Lettre de Danièle à son amie Marie-France, à Bordeaux

Quelle aventure ce voyage ! J’aurais autant de choses à te raconter que toi à ton retour d’Ethiopie ! Des saveurs nouvelles, des parfums surprenants ! Des herbes fraîches à tous les repas, un basilic au goût anisé. J’aime ces plats de riz où le sucré le dispute au salé. Les couleurs, d’abord : le jaune du safran relevé de l’éclat rouge des baies d’épine-vinette. Quel beau mot pour ces grains juteux et acidulés. Le doré du croustillant de gâteau de riz… j’aimerais vraiment savoir comment m’y prendre pour obtenir ce résultat sans bousiller mes casseroles !

Et cette visite chez le marchand d’épices à Yazd ! Même les matrones du quartier ont renoncé à faire leurs courses quand elles ont vu le souk qu’on mettait dans la boutique. Imagine sept gourmandes, les narines frémissantes au-dessus des sacs de boutons de roses, de cannelle, d’épine-vinettes… Hum ! les bons sacs de tisane pour les longues soirées d’hiver… Et le safran ! Patients, les hommes attendaient dehors, à l’exception de Rachid, notre interprète-intermédiaire si précieux.

Ah ! J’oublie ! Juste avant, nous avions visité juste à côté, le moulin à henné. Oui, le henné arrive en feuilles, ressort en poudre, dûment ensaché par le jeune afghan qui s’est gentiment prêté au jeu des photos.

J’ai ramené de précieux livres de cuisine, je me réjouis de te faire partager mes découvertes. J’écourte ma lettre, nous sommes arrivés à Ispahan, quelle merveille ! A bientôt. 

D’Ispahan, le 5 mai 2019 de notre calendrier.

Lettre de Dominique à sa fille Camille, à Rio de Janeiro 

Tu sais que j’ai saisi l’occasion d’accompagner ton père dans ce voyage en Iran proposé par le CAF. Je me suis vite intégrée dans ce petit groupe fort sympathique. Bien sûr, comme toujours dans les groupes on entend de temps à autre des petits coups de patte sur les absents, mais sans méchanceté. Sinon, ça m’aurait déplu ! Des personnalités toutes différentes, de l’amitié entre eux, bref, j’y ai trouvé mon bonheur. Et puis, surtout, quelle belle occasion de réfléchir….

Tu connais mon intérêt pour la philosophie. La religion zoroastrienne m’intéresse au plus haut point. Des symboles qui forment la représentation du dieu Ahura Mazda, j’ai retenu que l’on retrouvait le cercle, symbole de l’éternel recommencement, les esprits jumeaux, le bien et le mal. Ce dualisme est fondamental dans le zoroastrisme : l’homme est doué de libre arbitre et le choix de la voie à suivre lui appartient entièrement. Intéressant. J’ai retenu aussi la formule « bonne pensée, bonne parole, bonne action », qui suppose une belle cohérence de conduite. Et puis, voilà des gens, qui des milliers de siècles avant nous, se souciaient de ne pas polluer la terre ! Sur ce point, je me sens en parfait accord avec eux.

Moment magique de notre visite aux tours de silence, à Cham, non loin de Yazd. C’est le matin, tôt, il fait doux, nous sommes les premiers visiteurs. Un vaste espace de terre ocre, parsemé de quelques ruines, dominé par une tour au sommet d’un éperon rocheux. Les constructions sont les restes des maisons destinées à accueillir la famille du défunt. Une pièce noircie de fumée, c’est la cuisine. Le chemin mène au pied de l’escarpement, où le corps était laissé aux soins des prêtres. Une cinquantaine de marches conduisent à une entrée en chicane, comme si l’on ne pouvait accéder directement à l’esplanade circulaire où étaient déposés les corps. Ils sont rangés là, nus, regroupés, hommes, femmes, enfants. Abandonnés au travail des charognards qui vont les dépecer, éliminer la chair. Quand il ne restera que les os blanchis par le soleil, le servant de la tour viendra précipiter les os dans la fosse au centre de l’esplanade. Ainsi, ni la terre, ni l’eau, ni l’air, ni le feu ne seront souillés par le contact avec un cadavre humain.

Cette pratique n’étant plus utilisée depuis 1975, à proximité se trouve un cimetière. Les tombes sont faites d’un matériau inerte, le ciment, qui évite le contact avec la terre.

Un peu plus tard, nous nous arrêterons dans un temple zoroastrien où brûle un feu ininterrompu depuis plus de 1500 ans. L’éternité…

Ne souiller ni la terre, ni le feu, ni l’air, ni l’eau ! Quelle force prend ce message aujourd’hui…

D’Ispahan, le 5 mai 2019 de notre calendrier.

Lettre de Delphine à son amie Sophie, à Mont de Marsan

Je t’avais promis dans ma précédente lettre de te parler des merveilleuses soirées d’Ispahan.

La ville, dans son cœur historique, est traversée d’une rivière, la Zâyandeh-rud. Deux ponts très anciens enjambent la rivière. Le pol-e Sharestan datant du 12ème est un pont piéton fait de 10 arches. En amont, le pol-e Khadju est une merveille de technique. Ce pont à vannes permet de créer une retenue d’eau en cas de sécheresse.

Mais ce n’est pas de technique que je voulais te parler mais de l’animation qui règne au bord de l’eau et sur les ponts, le soir. Toutes les familles semblent s’être donné rendez-vous là pour pique-niquer, tous les jeunes ont convergé pour se retrouver et partager un thé, une chicha. Et nous sommes joyeusement conviés à partager ces bons moments avec eux ! Un groupe d’hommes, réunis sous l’une des arches entonnent un chant populaire ; d’après leurs mimiques, on conclut à une histoire d’amour comme celle de notre claire fontaine ! Les ponts illuminés sont magnifiques, de petits bateaux de location se hasardent dans le courant. Des amoureux se tiennent par la main, on ne verra jamais aucun couple s’embrasser en public. Des enfants, nombreux, et même des tout petits cachés sous un voile, profitent de la douceur du soir. Un moment de sérénité partagée…

Je me dépêche, Ali, notre chauffeur nous attend, on quitte Ispahan pour la montagne ! Voilà qui t’intéresse moins … Je me dépêche de poster ma lettre Place Royale, elle devrait partir sous peu. 

D’Ispahan, le 6 mai après-midi

Lettre de Bernard à son ami Jean-Claude, à Bussac La Forêt

Je t’assure que ta fille et ton gendre nous entraînent dans de drôles d’aventures ! Enfin, tu les connais mieux que moi et tu sais que, quand Delphine a décidé quelque chose, elle fonce ! Elle a dit oui, sans réserves, aux surprises promises par Rachid ! Et Gérard est toujours partant ! Une par jour ! La dernière est de taille. Ecoute bien….

Nous avons quitté Yazd, fait une pause déjeuner à Naïn avant de visiter la mosquée du Vendredi (10ème siècle) et de reprendre la route. Les kilomètres défilent dans le désert. Le jour baisse, on se rapproche d’Ispahan. Et voilà que soudain, Ali quitte la route principale et s’engage sur une piste à peine carrossable. Emotion dans le minibus ! Que fait-il ? Delphine et Gérard jubilent, leurs yeux brillent ! Ils sont de mèche avec Ali et Rachid, les diables ! Où allons-nous ? Le désert, tout autour….

De vieilles bâtisses se dessinent, et des bungalows, curieux. Arrêt, tout le monde descend ! Préparez vos maillots ! Quoi, en plein désert ? Le guide local nous promène dans son territoire : des sources ferrugineuses, un bassin empli de boue (et de détritus), dont il vante les mérites à une Cathy pas du tout convaincue. Un petit tour sur les hauteurs pour constater qu’il n’y a rien à la ronde.

Et nous rejoignons les bains : tu n’as jamais rien vu de pareil ! Le bâtiment et les installations sont dans leur jus… 12ème siècle ! Vite fait, bien fait, on se dépoile dans un réduit, et là ! on tire le rideau : un bassin de pierres, deux marches et un eau à 45° , 50° a dit le guide… Qui dira les bienfaits d’une eau bien chaude sur les dos endoloris par des heures de route ? Le plus gamin d’entre nous, il se reconnaîtra, n’a de cesse de tirer les amis sous l’eau ! On barbote une petite heure. Ali et Rachid nous ont rejoint, Ali toujours enchanté de partager les activités. Rachid plus soucieux de savoir si on apprécie. Mais OUI ! On apprécie, on rit, on rit !

Invitation, ensuite, à la maison de thé, après que Mohamed, d’origine turque, nous a longuement fait admirer sa femme et sa fille. On devine que l’homme se trouve valorisé par la beauté de sa femme. On observera ce fait, d’autres fois, dans des restaurants.

Revenons à la maison de thé : nous sommes seuls. Thé, café et mystérieusement apparaît une bouteille de « douceur »4, très douce aux dires de ceux qui ont goûté. Ali, très sobre, est saisi par la musique. Belle démonstration de danse. Le corps tout en souplesse dégage une certaine sensualité. Je te donne là le point de vue des dames ! Pour ma part, je n’ai rien vu, ni ressenti ! Mais il faut croire qu’il leur a fait de l’effet puisque Dominique et Cathy se sont mises à danser aussi !

Une parenthèse magique, hors du temps, cet écart de la route….

A Ispahan, le 6 mai 2019 de notre calendrier

Lettre de Gérard à son ami Francis, à Mont de Marsan 

Delphine m’a dit avoir écrit à Sophie pour lui raconter Ispahan. A mon tour de te raconter notre raid-aventure en montagne ! Cinq heures de route d’Ispahan à Gazestan, passage de cols à 3000m ! Et Delphine et moi à l’arrière du minibus, sur les roues… on est arrivés tout moulus.

Nuit au village chez Asaadi, jeune veuve avec 3 enfants. Le lendemain, première surprise : les mules nous attendent de l’autre côté de la rivière qui roule des flots de fonte de neige. Pas de pont, encore moins de gué : on attend le passeur. Je te laisse découvrir le radeau sur les photos ! Nous sommes admiratifs quant à la technique ancestrale paraît-il ! C’est du jamais vu ! Séquence émotion…

Six heures plus tard, après avoir traversé une rivière à pied cette fois, nous nous installons face à un campement de nomades. Paysage de hautes montagnes, très ouvert et verdoyant. Toutes les parcelles dépierrées sont plantées de céréales.

Peut-être faisait-il meilleur quand Rachid est venu reconnaître la rando, mais la première nuit a été glaciale. Deux couvertures pour trois…Enfin, moi j’ai toujours chaud, mais les autres se sont gelés ! On en aura une chacun la nuit suivante, ouf !

Trois restent au camp ou ne font qu’une partie de la rando. Les autres, nous, tout guillerets, tu nous connais, nous partons. Objectif, les cascades de Zardelimeh, les plus belles d’Iran et déjeuner chez des nomades. Longue descente dans un canyon. Au fond, coule une rivière, large et vive ! Les cascades, superbes, sont sur l’autre rive, personne en face… Nous allons traverser en tyrolienne ! Rachid, siffle, siffle encore et l’on voit arriver deux hommes. L’un traverse à notre rencontre. Une sangle bien ajustée servira de baudrier, et nous voilà ficelées et accrochées par deux pour les dames. La pente n’est pas suffisante pour donner l’élan qui permettrait de remonter de l’autre côté. Petit arrêt sympathique au-dessus de l’eau, juste le temps de se dire que, oui, le courant est rapide, et hop ! une corde nous tire sur l’autre rive. Les cascades, d’une trentaine de mètres de haut sont superbes. Mais où sont les nomades ?

Au-dessus des cascades, un petit plateau où coule la résurgence. Deux familles de nomades y vivent jusqu’au prochain changement. Du yaourt rafraîchit dans le torrent, des fromages sèchent sur une claie. Une dizaine d’enfants nous observent. Déjeuner sous la tente du chef. La femme du chef n’a d’intérêt que pour les bagues de Bernadette…

Dernière journée : retour par un autre chemin, plus court mais agrémenté de 5 ou 6 passages de rivières et d’une quarantaine de kms dans une bétaillère ! Le paysage est superbe.

Pause chez Asaadi qui a préparé un plat de riz revigorant ! Heureusement ! 4 heures de minibus nous attendaient encore ! Je te raconterai la suite plus tard, pour le moment, je vais me coucher, je suis fatigué ! Oui ! fatigué ! 

Citadelle de Bardey, soir du jeudi 9 mai 2019 de notre calendrier

Lettre de Bernadette à son amie Michèle, à Bordeaux

Je crois que Cathy t’a parlé de la mode en Iran dans une lettre récente. Pour compléter le tableau, il faut parler maquillage et esthétique comme dans le magazine Elle  que je lis chaque semaine ! Figure-toi que dès le vol Téhéran-Shiraz quelque chose aurait dû nous mettre la puce à l’oreille ! On s’étonnait de trouver dans le magazine de la compagnie tant de publicités pour des cliniques d’esthétique, pour des chirurgiens…

Dans nos lectures de romans, il était souvent question de nez « refaits » ! Mais oui, tu n’imagines pas le nombre de personnes qui se baladent, un pansement sur le nez. Renseignement pris auprès de Rachid, les gens souhaitent avoir un nez « européen », un nez retroussé. Il s’agirait d’enlever le renflement qui semble caractériser le nez iranien…Constat valable pour les hommes comme pour les femmes.

Les Iraniennes sont jolies et très maquillées. D’abord, les sourcils : ils sont épilés et redessinés avec soin, dégageant l’arcade sourcilière pour éclairer le regard. Les yeux sont cernés de khôl ou d’eye-liner. Quant à la bouche, dans le meilleur des cas, elle est redessinée avec soin, maquillée d’un rouge à lettres mat, d’un rouge pétant. J’ai eu l’impression que les rouges à lèvres liquides étaient très à la mode.

Je disais dans le meilleur des cas, car les opérations esthétiques ont l’air à la mode aussi. On a vu tellement de femmes aux sourires refaits, aux lèvres gonflées. Et si le résultat est acceptable maintenant - et encore ! pas toujours - qu’en sera-t-il dans quelques années ? Drôles de bouches de grenouilles ! Quel dommage !

Mais laissons de côté mes observations pleines de perplexité pour ne garder qu’un beau souvenir : le visage de Asaadi, la femme chez qui nous avons dormi à Gazestan : alors que nous allions partir, elle vient vers Cathy, les mains pleines des échantillons de crèmes que nous lui avons offert. Un grand sourire éclaire son visage, elle que l’on a vu si sérieuse la première fois. Elle veut savoir à quoi servent toutes ces crèmes. Un grand et beau sourire de jeune femme qui, pour une fois, se dit peut-être qu’elle va s’occcuper d’elle. 

De Kâshân, samedi 11 mai 2019 de notre calendrier

Lettre de Martine à sa fille Anaïs, à Berlin 

J’ai tellement rêvé de ce voyage en Iran… à vrai dire, je ne savais pas avec quels doux dingues je partais ! Imagine une bande d’amis habitués à crapahuter ensemble, imagine la connivence qui les lie ! Et moi, réservée, comme tu me connais. J’ai fait ma place. Je crois que j’aurai plaisir à les retrouver en montagne ou ailleurs. J’ai dû prendre sur moi plusieurs fois : la traversée de rivière en radeau – oui, j’ai fait ça ! Les traversées de rivière à pied d’accord, mais la tyrolienne au-dessus de l’eau, non !

Quel voyage ! Je suis submergée d’émotion devant la beauté des mosquées et palais, je suis profondément émue par la gentillesse de Rachid, notre guide, toujours soucieux de nous faire plaisir, par Ali, notre chauffeur qui me fait tant rire. Emue aussi par ces familles de nomades ; on a traversé avant-hier le petit village de nomades face à notre campement. Les enfants étaient à l’école. L’école ? Un abri de bois, le toit couvert de terre. Sept enfants et le jeune instituteur au sourire rayonnant, un stencil ou un papier carbone dans la main, c’est une autre époque ! On se sent petit avec nos problèmes de nantis.

Aujourd’hui, nous sommes allés dans une petite ville, Nisiar je crois, où se déroulait la fête de la rose. Il y avait foule, les femmes et les petites filles portaient des couronnes de roses fraîches, parfumées. Aux devantures des boutiques, eau de rose et eaux de toutes sortes, et d’énormes gâteaux, d’au moins 80 cm de diamètre, genre loukoums, un étage de pétales de roses, un de pistaches…Des familles partageaient le repas le long de l’eau pendant que le muezzin chantait la rupture du jeune. J’ai eu l’impression que les repas avaient commencé bien avant…

Un jeune couple nous accompagnait dans la visite. Bernadette m’a dit que la jeune femme lui avait demandé : « Qu’est ce que ça veut dire Oh lala ??? » C’est ce que je dis tout le temps !

Je ne te cache pas que j’appréhende le retour à Bordeaux. Tant de moments forts ! Et je ne t’ai pas raconté notre bain dans des thermes datant du 12ème siècle ! Quelle soirée ! Heureusement, j’ai fait plein de photos…

De Kâshân, samedi 11 mai 2019 de notre calendrier

Lettre de Daniel à son petit –fils Maël, à Bordeaux

J’ai toujours avec moi la grenouille que tu m’as confiée. Ta maman a dû te montrer déjà un certain nombre de photos. Mais j’ai eu un petit souci avec mon téléphone, je crains que toutes ne soient pas parties, je te les montrerai à mon retour.

J’ai fait quelques photos qui devraient te plaire : par exemple, as-tu reçu celle du caravansérail ? J’aime beaucoup ce mot caravansérail ! Il évoque les caravanes venues de loin qui transportaient la soie, les épices… et le mot sérail ! AH ! Euh….. je t’expliquerai plus tard, Maël, promis, plus tard !

Bref, on trouve encore le long des routes ces magnifiques constructions où s’arrêtaient les caravanes de chameaux. D’ailleurs, j’ai dû faire des photos des chameaux mais sans ta grenouille, je n’allais quand même pas entrer dans leur enclos. En gros, il y avait une journée de marche entre chaque caravansérail. C’est triste, ils disparaissent peu à peu : ils sont en pisé, tu vois, ils fondent comme les châteaux de sable qu’on fait sur la plage à Arcachon.

J’ai aussi photographié ta grenouille sur la terrasse de la citadelle de Bardey où l’on a dormi une nuit. Voilà un endroit qui t’aurait plu, mon grand. Elle ressemble un peu à un caravansérail d’ailleurs. Son propriétaire est chef de tribu Bakhtiari, une tribu très ancienne. Il s’appelle Mahmoud. Il ressemble au Calife Haroun El Poussah, tu sais dans la BD avec Iznogoud, le grand vizir, on l’a lue ensemble juste avant mon départ. Sa femme Mariam, (celle de Mahmoud, pas d’Haroun el Poussah !) est pleine d’entrain. Elle nous avait fait une soupe très originale, une soupe avec du fromage. Je me suis régalé. Et le matin, des œufs dans de la sauce tomate.

Et puis, tu sais, chaque fois que je mange une glace à la pistache, je la fais goûter à ta grenouille. Un tout petit peu. Faut pas exagérer ! Bon, tu vas croire que je ne pense qu’à manger ! Mais non, pas du tout ! Tu me connais !

J’oubliais te de dire qu’Ali notre chauffeur m’a procuré de la mélasse de grenade pour préparer un plat dont tu me donneras des nouvelles ! Du khorecht Fesenjen, du ragoût de poulet aux noix et à la mélasse de grenade, un délice.

Nous rentrons bientôt. Je ne sais pas si ta maman a prévu quelque chose le mercredi de notre retour. Si ce n’est pas le cas, que dirais-tu d’aller Ô sorbet d’amour voir s’il y a de nouveaux parfums cette année ? Je t’embrasse fort. 

De Téhéran, le dimanche 12 mai 2019 de notre calendrier

Lettre d’Anny à son amie Annie, à Bassens

Tu sais que j’ai l’estomac un peu fragile et je m’inquiétais beaucoup, avec ce voyage, du changement d’alimentation ! Et bien, non ! Figure-toi que les Iraniens ont une alimentation très saine, quoiqu’un peu répétitive avec le riz.

Notre guide Rachid a eu à cœur de varier nos menus de façon à ce que l’on découvre un peu tous les plats des menus iraniens. Une constante : le yaourt au début du repas ; nature ou agrémenté de concombre, de citron, d’herbes fraîches ou d’oignons. Une attention sans doute à la flore intestinale !

Et le pain ! Délicieux, en forme de galette. Nous avons plusieurs fois observé les boulangers. La boule de pâte est aplatie d’une main ferme sur un coussin dont elle prend la forme. Puis d’un geste rapide, le boulanger la colle sur la paroi arrondie d’un four de terre. A peine une minute de cuisson, et la voilà qui se décolle, elle est prête ! Elle refroidira sur une grille ou suspendue comme les autres à un crochet.

En plat principal, souvent un ragoût comme le khorecht ghormeh sabzie (haricots rouges et herbes), ou encore le khorecht bademjan (aux aubergines, excellent), le khorecht fesenjen (aux noix et à la mélasse de grenade, très bon aussi), ou le dizi ! Etonnant, le dizi : il est servi dans un pot, il faut verser le bouillon dans un bol puis, à l’aide d’un gros pilon, écraser les légumes et viande. De façon générale, les Iraniens consomment peu de viande. Du poulet au safran, en brochette ou du mouton hâché servi en lanière. Et du riz, toujours du riz.

Pas de dessert, mais du thé, à volonté !

Autre attention de Rachid : le choix des endroits. Nous avons mangé dans toutes sortes de lieux : dans une très belle maison traditionnelle à Kâshân, dans un petit restaurant dans le bazar de Shiraz, dans des restaurants fréquentés par des Iraniens à Ispahan, dans un restaurant à la mode à Shiraz encore, dans un autre pour touristes le vendredi du Ramadan, autant d’endroits qui nous ont permis de nous faire une idée de la vie quotidienne des Iraniens.

Par contre, nous n’avons pas trop réussi à nous faire à ces plateformes couvertes de tapis où l’on mange assis en tailleur ou comme on peut ! Quelques uns d’entre nous ont usé de subterfuges, un coussin sous les fesses pour se rehausser et épargner les genoux ! Force est de constater que nous manquons de souplesse... Question d’habitude ? Question d’âge ? 

De Téhéran, le 12 mai 2019 de notre calendrier.

Lettre de Bernadette à son ami Philippe, au Haillan

Dernier jour de notre voyage, nous sommes à Téhéran. Quelle ville ! 12 millions d’habitants, paraît-il… Nous n’y passons qu’une journée : visite du musée d’archéologie. Visite du Palais du Golestan : chef d’œuvre de l’ère Kadjar, l’art des miroirs  y est époustouflant ! Tu verras les photos. Derniers achats d’épices, de pistaches.

La ville est un grondement perpétuel, tu n’imagines pas la circulation ! Voitures, bus, camions, mobylettes roulent de front sur les voies les plus larges. La notion de voie délimitée n’existe pas. Libre au conducteur de doubler à droite, à gauche, de couper la route, de zigzaguer. Comment traverser ? Pour nous épargner cette épreuve, Ali, notre chauffeur ira même jusqu’à faire un demi tour sur une telle voie ! On a tous fermé les yeux, crois-moi ! C’est fou ! Une autre fois, il a fait une marche arrière sur une centaine de mètres…Jean-Louis n’a cessé de répéter tout au long du voyage, « je suis bien content de ne pas avoir à conduire le minibus »… tu vois un peu ! Nous n’avons traversé que deux fois, en formant un bloc compact, comme un véhicule, recommandant notre âme à qui en voudrait !

Il faut que je te parle un peu d’Ali ! On pourrait le recruter ! L’œil coquin, la moustache qui frise. Il porte, en service, une chemise bleue à galons, attestant de sa fonction. Très soigné de sa personne -il s’est aspergé d’eau de toilette avant d’aller faire signer le bon de transport par la policière de service ! Il communique tous les soirs avec sa famille via Face time et nous fait partager les conversations, trop heureux de tisser des liens. Il aura participé à toutes nos activités, courant comme un cabri en montagne, tendant une main secourable à qui en avait besoin, se plongeant dans le bassin bien chaud… Une vraie présence, généreuse. En riant, il disait : « Ali Baba, thé ? café ? » Profitant d’arrêts, il préparait les boissons, sortait chocolat et petits gâteaux… Infatigable. J’espère qu’il aura pu se reposer un peu entre dans les deux groupes !

Il forme une belle paire avec Rachid notre guide, plus réservé, tellement soucieux de nous faire vivre des moments d’exception ! Et il y a réussi : il nous a gâtés par le choix des sites visités, des restaurants, salons de thé, où se restaurer et se reposer. Qui d’autre aurait pu nous emmener dans ce hammam perdu, dans cette fête de la rose ? Qui d’autre aurait imaginé nous faire traverser une rivière en radeau, en tyrolienne ? Et puis, son rapport au temps ! Jamais nous ne nous sommes pressés, Rachid disant d’une voix calme : « On a le temps…. ». Plaisir de voyager en compagnie de Rachid.

Sans compter que nous avons aussi fait connaissance avec quelques membres de sa famille qui ont contribué au succès de notre randonnée. Son oncle qui tenait à revenir sur les terres de ses ancêtres malgré des genoux douloureux ; son frère Rassoul, un grand costaud chaleureux venu lui prêter main forte. Lui-même accompagné, d’un collègue de travail - nommé par nos soins, Beau Gosse - dont la musculature a retenu notre attention. Oh ! ça va ! Nous aussi, on peut regarder les gars…

Bien sûr, tu vas me demander ce que l’on a découvert de l’Iran d’aujourd’hui ! Nous y avons vu une population très jeune, accueillante, ouverte et désireuse de communiquer avec les étrangers. Nous y avons vu des femmes en noir mais beaucoup plus portant des vêtements gais et seyants. Nous n’avons vu bien sûr que des apparences, mais assez je crois pour dire que ce pays est en mouvement.

« La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s’y trouve. » Rûmî, poète persan du 13ème siècle

De Téhéran, le 12 mai 2019 de notre calendrier

 

1 Hâfez, poète et philosophe, Souad Ayada. Revue philosphique de la France et de l’étranger, 2012, consultable sur Cairn.info 

2 Persépolis, A.Shapur Shahbazi, p.25

3 Pour être honnête, mes explications doivent beaucoup au Guide Olizane, p. 291

4 Tu comprends ma discrétion !







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